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Turner le décalé

Un carnet d’esquisses du voyageur Turner… swissinfo.ch

Evénement à Zurich: le Kunsthaus accueille une vaste rétrospective du peintre anglais William Turner. Ou la passionnante trajectoire d'un conventionnel atypique.

Je me souviens d’un ado, qui, ne connaissant alors pas grand chose en beaux-arts, était resté bouche bée devant «Pluie, vapeur, vitesse», croisé par hasard. Un train fonçant dans une nature en folie. Mais peu importait le sujet.

La force de la toile était dans la lumière et le mouvement, dans ces traits et ces taches qui racontaient bien plus qu’un train dans la pluie. Une œuvre de 1844? Incroyable pré-modernité…

Etonnement, plus tard, en découvrant des œuvres plus anciennes de Turner… Ces paysages académiques, ces scènes antiques étaient bien dues au même William Turner? Oui. Et c’est bien le mélange entre fidélité à son éducation artistique et incroyable évolution technique qui rend le parcours de Turner passionnant.

Le goût du «sublime»

Joseph Mallord William Turner est né en 1775 à Londres, et décédé en 1851, dans la même ville. A 13 ans, il travaille chez un dessinateur en architecture. Qui l’imprégnera d’un goût certain pour la perspective et les monuments. Comme la Royal Academy lui imprimera une passion pour le grandiose et le «sublime».

Comment s’explique alors l’incroyable évolution de l’artiste, qui passera du classicisme au romantisme pour aboutir à une technique qui annonce l’impressionnisme, voire l’action-painting?

«C’est la même évolution que le Titien ou Beethoven», répond Andrew Witon commissaire de la Tate Gallery. «On trouve cela chez les très grands maîtres. Ceux qui ont assimilé les techniques académiques de leur époque et des précédentes, mais ont su les transformer à la force de leur imagination».

C’est certain. Mais chez Turner la distance entre ses œuvres académiques et certaines toiles des années 1840 («Seascape with Storm coming on», «Sunrise with a boat between Headlands») relève du grand écart…

Une démarche schizophrénique? «Il ne s’agit pas de schizophrénie, mais d’une imagination très personnelle et très intense. Et c’est aussi fonction d’une longue carrière. Dans les dernières années de sa vie, il poursuit ses œuvres «sublimes» du 18e siècle. Mais il les recrée d’une façon nouvelle, unique, même s’il reste très 18e siècle dans ses sentiments».

Turner le décalé… Moderne sans le savoir, et moqué par ses contemporains, qui l’ignoraient également: «Ses contemporains n’ont pas vu sa modernité. Le moderne était pour eux la peinture historique, ou les sujets réalistes. Turner a été un modèle en tant qu’aquarelliste. Comme peintre à l’huile, il était tout à fait inconnu».

Un événement rare

En 180 œuvres, l’exposition zurichoise présente les aquarelles et les huiles – ses huiles des dernières années sont d’ailleurs fortement marquées par sa technique d’aquarelliste. Et des dessins aussi, des esquisses de voyage: Turner a beaucoup voyagé, notamment en Suisse. Les Alpes l’y ont fasciné, mais pas seulement: il a aussi peint Lausanne, Bellinzona, le lac des Quatre-Cantons ou les chutes du Rhin.

A la mort de Turner, si sa fortune est allée à sa famille, toutes ses œuvres ont abouti à la National Gallery. Achevées ou non. D’où un «grand panorama des œuvres préparatoires qui ont mené aux œuvres finies» précise Andrew Wilton, également chargé de la donation du peintre à la nation.

L’exposition du Kunsthaus, à voir jusqu’au 26 mai, en est un reflet exceptionnel. Car si des expositions consacrées à des sélections d’aquarelles de Turner sont régulièrement exportées, les rétrospectives globales sont plus rares: «On ne peut pas toujours vider la Tate Gallery!», constate Andrew Wilton.

Deux regrets pourtant. Le premier: les toiles de Turner se juxtaposent sur de grandes cloisons vertes et rouges sombres. Sauf pour celles de la dernière époque, accrochées à des murs rose pâle. Tout cela avec de tristes lumières tombant du plafond. On aurait pu rêver mieux, et moins tristounet.

Le deuxième: «Pluie, vapeur, vitesse» n’a pas trouvé le chemin de Zurich… L’adolescent, entre-temps devenu adulte, est déçu. Mais ne peut pourtant que vous recommander de vous rendre au Kunsthaus. Le «sublime» de Turner, devenu atemporel, fascine.

Bernard Léchot

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