Un ange passe sur les cimaises du MAH
Poussin et Lorrain dévoilent au Musée d'Art et d'Histoire de Genève leurs nus graves et leurs paysages sensuels. Un beau panorama du dessin français au XVIIe siècle.
Des paysages italiens peuplés de petits temples et de collines douces, de ponts alanguis par-dessus des flots scintillants, par une lumière qu’on devine dorée; des drapés compliqués à dessein et des soldats romains aux montures pleines de superbe, inspirés de la colonne Trajane, un Jupiter aussi intraitable que Salomon, ou encore des ribambelles de nymphes et d’angelots…
Voilà qui suffit à témoigner de la diversité iconographique du Grand Siècle, raison pour laquelle Claire Stoullig, commissaire de l’exposition genevoise, a privilégié une approche thématique – à la différence de la version originale et parisienne du «Dessin en France au XVIIe siècle».
XVIIe siècle protéiforme et inspiré
A la multitude des genres (paysages, portraits, scènes bibliques, mythologiques, décors, etc.) s’ajoutent des personnalités artistiques contrastées: les deux grands maîtres, Poussin et Lorrain, témoignant d’une même sensibilité frémissante à la nature, Simon Vouet s’affichant comme le roi des drapés, Philippe de Champaigne tel un grand portraitiste et peintre religieux, alors que Le Brun est avant tout l’homme du roi.
Mais le XVIIe siècle est aussi celui de la cohérence: Paris prend le pas sur Rome dans le domaine de la création artistique, alors qu’une première école, l’Académie royale de peinture, est créée en 1648, témoignant d’un engouement remarquable pour les arts visuels. Un siècle du bouillonnement, aussi: au sortir des affres des guerres de religion, la France vit une renaissance religieuse et se couvre d’églises et de couvents.
A ces chantiers s’ajouteront les innombrables châteaux et hôtels particuliers que les grands commis du pouvoir, de Richelieu à Fouquet ou Colbert, feront ériger aux fins d’asseoir la monarchie. De quoi assurer des carnets de commande grassement remplis aux artistes…
L’exposition souligne enfin l’autonomisation décisive du dessin en tant que genre à part entière. A contempler les «putti» chevauchant des boucs (Nicolas Poussin), scène aussi aérienne que les nuages qui la nimbent, ou ces paysages qualifiés de «sensualistes», on imagine bien qu’il ne s’agit pas de simples études préparatoires.
Véronique Zbinden
Genève, Musée d’Art et d’Histoire, 2, rue Ch.-Galland: «Le dessin en France au XVIIe siècle, dans les collections de l’Ecole des Beaux-Arts», jusqu’au 18 novembre
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