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Un bateau et le clapotis des mots

Seule sur scène, une jeune femme (Sophie Gardaz), s'interroge. Théâtre 33

Dans son Théâtre 33 de Renens, Jean-Claude Issenmann aborde, avec Sophie Gardaz et Georges Grbic, l'illusion de la liberté dans la vie.

«Pourquoi un bateau?», c’est le titre de la deuxième pièce de théâtre qu’a écrite et mise en scène Jean-Claude Issenmann dans son nouveau Studio-Théâtre 33, à Renens. Trente-trois? Parce qu’il y a 33 places!

Interrogations féminines

Seule sur scène, une jeune femme (Sophie Gardaz) s’interroge. Elle voit bien un bateau à l’horizon, mais elle se demande pourquoi elle ne peut jamais embarquer. A chaque fois, une raison l’en empêche.

C’est qu’elle est entourée, voire carrément habitée, par cinq personnages masculins (mari, amant, maître-chanteur, inspecteur de police et comédien) incarnés par le seul Georges Grbic. Ces hommes sont peut-être vrais ou peut-être ne font-ils que hanter son imagination?

Toujours est-il qu’elle reste à quai, à se poser toujours la même question: «Est-ce que les pas que je crois avoir entendu dans le sable font vraiment du bruit?»

Car se tisse une intrigue policière dans laquelle des meurtres sont commis, dans laquelle des personnages disparaissent au gré des vents, au gré des vagues. La logique cartésienne du détective se heurte à la fiction, aux fantasmes.

L’illusion de la liberté

Mais au-delà de la trame apparente d’une histoire de couple et d’un polar bien ficelé, se trame, en filigrane, la question existentielle du déterminisme de chaque être humain dans l’existence.

«La liberté dont nous pensons pouvoir disposer dans la vie ne serait en réalité qu’une perpétuelle illusion, disserte Jean-Claude Issenmann, parce que, bien malgré nous, notre destin serait tracé, jour après jour, par les autres qui nous entourent, par les lois et les mœurs auxquels nous sommes subordonnés, par les événements qui interviennent dans nos vies et, peut-être, par une instance surnaturelle que certains appellent Dieu.»

Un scénario écrit d’avance

Reste qu’au théâtre, comme dans la vie, «on nous mène en bateau, c’est le cas de le dire», poursuit le créateur et metteur en scène de la pièce, et on attend même qu’on nous mente».

Raison pour laquelle, la jeune femme finit par prendre en otage son répondant masculin et le public de la salle. Tant elle est exacerbée de ne pouvoir obtenir de réponses à ses questions légitimes.

Mais, sur la musique légère de François Lindemann, la crise de la jeune femme s’atténue, du fait que, peu à peu, elle se fait à l’idée que le scénario était écrit d’avance. Et que, même révoltée, elle ne pouvait que le suivre et l’interpréter jusqu’au bout.

Emmanuel Manzi

«Pourquoi un bateau» jusqu’au 17 novembre, du mardi au samedi soir, à 19h. Studio-Théâtre 33, av. Longemalle 21. Réservations: (021) 636 32 33 33.

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