Un documentaire suisse aux Oscars
«War photographer», de Christian Frei, qui porte sur le photographe James Nachtwey, a été nominé aus Oscars 2002. Il figure même parmi les favoris.
Le cinéma suisse aura rarement été si présent à la cérémonie des Oscars, dimanche à Los Angeles! Outre le Grison Marc Forster, nominé pour «A l’ombre de la haine» («Monster’s Ball»), estampillé US, le cinéaste soleurois Christian Frei signe, avec «Photographe de guerre» («War Photographer»), le portrait d’un des meilleurs photo reporters actuels, James Nachtwey.
Né aux Etats-Unis en 1948, Nachtwey a photographié tous les conflits armés de ces vingt dernières années. Ancien membre de Magnum ayant depuis créé une autre agence, «VII», il a construit, reportage après reportage, une «bibliothèque de la souffrance» d’une rare intensité. «Je pense que très peu d’hommes ont vu autant de souffrances que lui, dit Christian Frei. C’est d’ailleurs un homme très triste, presque désespéré.»
Filmé au plus près
«Photographe de guerre» ne permet pas seulement de découvrir la personnalité tourmentée de Nachtwey, obnubilé par la peur de vendre son âme en gagnant de l’argent sur le dos des victimes qu’il photographie. Le film offre surtout une approche totalement inédite du travail du reporter.
Le spectateur est en effet collé à l’œil de Nachtwey grâce à une mini-caméra placée sur son appareil photo, et à une autre filmant son visage. «C’est cette idée qui l’a convaincu de nous laisser l’accompagner», explique Christian Frei.
Le spectateur devient ainsi le témoin des rencontres du photographe avec ses sujets. «Nachtwey est extrêmement respectueux, dit Christian Frei. Il passe une sorte de contrat avec ces gens. Il ne photographie pas tout de suite, il s’approche, sans se cacher, il regarde, il attend. Parfois il parle, parfois non. Il dit qu’il sent le feu vert par des gestes, des attitudes.»
On est loin du reporter baroudeur se vantant de ses exploits: Nachtwey s’est investi d’une mission, celle de servir de porte-parole aux victimes qu’il photographie.
Un homme d’action
Mais James Nacthwey est aussi un homme d’action. Au point qu’il balaie en quelques mots la question de l’engagement du photographe: «Du moment qu’on est là, c’est qu’on est engagé.»
Parmi les témoins conviés par Christian Frei pour évoquer le travail de Nachtwey, un caméraman viendra ainsi raconter que le photographe n’a pas hésité, lors d’émeutes raciales à Djakarta, à implorer, à genoux, des hommes armés afin qu’ils épargnent l’homme qu’ils pourchassaient . Ils n’en feront rien. Les photos de la mise à mort ont été publiées. Elles sont signées James Nachtwey.
swissinfo/Ariane Gigon Bormann
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.