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Un entrepreneur de Nidwald veut sauver le Monolithe

Le cube de 34 mètres de côté sur le lac de Morat. Keystone Archive

La fabrique de verre Glasi Hergiswil (NW) souhaite racheter le Monolithe de Jean Nouvel.

La population n’attend pas le célèbre cube avec impatience, c’est le moins qu’on puisse dire. … Et les obstacles administratifs sont nombreux.

Robert Niederer a du courage. Le patron de la fabrique de verre Glasi, qui est en train de se démener pour faire venir le Monolithe chez lui à Hergiswil (NW), devra non seulement convaincre les autorités cantonales et fédérales, mais aussi ses concitoyens.

Or ceux-ci ne sont pas vraiment pressés de voir venir l’œuvre de Jean Nouvel, du moins si l’on se fie à un petit sondage effectué dans les rues de ce village de 5300 habitants situé sur la rive du Lac des Quatre-Cantons, en dessous de Lucerne.

«Ce tas de rouille, non merci!», «ça gâchera le paysage», «sa place est à la ferraille, mais pas celle d’Hergiswil!»: voilà pour les commentaires les plus tranchants.

«La baie est trop étroite. Avec ses 34 mètres, le Monolithe bouchera la vue», dit cette promeneuse bien informée, qui craint aussi de ne plus pouvoir se baigner à sa guise.

Seuls un jeune homme et la tenancière d’un kiosque tranchent un peu avec ce concert de critiques en se réjouissant de voir «quelque chose de nouveau, qui attire du monde.»

Deux convaincues en promenade

Pour convaincre, Robert Niederer devrait plutôt engager Yvette et Christine! Ces deux habitantes des rives du lac de Morat sont venues avec leur fille voir si le paysage nidwaldien était digne d’accueillir le Monolithe.

«Bien sûr, on préférerait le garder, mais comme ça ne semble pas possible, l’important est qu’il reste sur un lac suisse.»

Les deux Fribourgeoises scrutent la baie et y placent mentalement le Monolithe. «Oui, ça ira. Il faudrait qu’il ne soit pas trop près de la rive, parce qu’il y a moins de dégagement ici qu’à Morat, mais les couleurs magiques et changeantes du monolithe se marieraient bien avec la forêt.»

Course contre la montre

Le patron de Glasi – une entreprise de 130 employés comptant un musée qui attire 200 000 visiteurs par année – sait que la partie n’est pas gagnée. «Si tout va bien, il faudra six mois pour obtenir les autorisations nécessaires, explique Robert Niederer. Mais, fin novembre, l’entreprise Nüssli, propriétaire du Monolithe, veut savoir si l’on s’engage ou non. Nous vivons donc une course contre la montre.»

Première autorisation à obtenir: celle du canton, responsable de l’utilisation des eaux du lac. Il faudra aussi demander un permis de construire et – ce qui promet d’être le plus difficile – obtenir le feu vert de la section du patrimoine de l’Office fédéral de la culture car l’endroit est placé dans l’inventaire des zones protégées.

«En l’état actuel, la commune soutient Glasi dans ses démarches, indique le maire Ralph Sigg. Quand nous aurons les requêtes nécessaires, nous devrons encore examiner les retombées éventuelles pour le village.»

Les négociations s’annoncent âpres avec les organisations de protection de l’environnement, qui ont déjà fait part de leur scepticisme. Robert Niederer souhaite les intégrer le plus vite possible au processus de décision.

«Il faut qu’on puisse leur mettre l’eau à la bouche avec un projet convaincant, original.» Robert Niederer veut-il exposer ses produits? «Pas du tout, au contraire! Nous voulons quelque chose qui ait une signification nationale.»

21 millions de francs

Et le prix de l’opération? «Nous avons déjà déboursé 38 000 francs pour avoir un devis, explique Robert Niederer. Le prix global est, avec une marge de plus ou moins 20%, estimé à 21 millions de francs, tout compris: dalle en béton, chauffage, escalier roulant, etc. Mais il n’est peut-être pas nécessaire d’acquérir toute l’infrastructure.»

Glasi compte trouver des partenaires et ne pas recourir aux deniers publics. «L’aspect financier n’est pas le plus problématique, confie Robert Niederer. Les fonds, nous les trouverons.»

Jean Nouvel a été le premier informé du projet, précise le patron. «Je n’ai pas reçu son aval directement, mais il a communiqué oralement à l’entreprise Nüssli qu’il donnait son accord.» L’architecte est connu dans la région puisqu’il a construit le Palais des Congrès de Lucerne.

Du côté de l’Expo, tout projet de récupération suscite des réactions plutôt mitigées. Nelly Wenger a souvent répété son principe selon lequel, «pour que mémoire se fasse, il faut que l’objet disparaisse.»

Le maire d’Hergiswil s’inscrit en faux contre cette attitude. «L’Expo aurait peut-être dû repenser ces principes. Durant l’exposition, le public s’est attaché à ces icônes. Il est dommage qu’elles disparaissent.»

swissinfo/Ariane Gigon Bormann

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