Une autre image du Brésil
On parlera encore portugais dans l'espace que le Salon du Livre réserve chaque année à son hôte d'honneur. Après le Portugal en 2001, voici aujourd'hui le Brésil.
C’est le moment où jamais de se souvenir que ce pays – avec ses quelque 170 millions d’habitants répartis sur 8 millions et demi de kilomètres carrés – représente quasiment la moitié du continent sud-américain. Et qu’il a été marqué, du temps de la traite négrière, par l’arrivée de quatre millions d’Africains.
Si l’on veut comprendre le Brésil, on ne peut donc faire abstraction de sa vaste étendue géographique, ni de sa qualité de creuset racial, ni de ses extraordinaires diversités régionales, sociales, économiques et culturelles. Même si le portugais est parlé de l’extrême nord à l’extrême sud du pays, plus de 150 langues y sont attestées.
Voilà une immensité et des particularités que reflète bien évidemment sa production littéraire. Une littérature qui reste somme toute assez mal connue hors de ses frontières, hormis les Jorge Amado et autres Paulo Coelho dont les écrits ont déjà été traduits en de nombreuses langues sur tous les continents.
L’occasion d’une découverte
«Les Brésiliens, explique Claudinè Gonçalves, journaliste à swissinfo, se plaignent souvent de la mauvaise image que la presse internationale donne de leur pays: la violence, les gamins des rues, la pauvreté, la déforestation de l’Amazonie, la corruption, etc.
Quand elle parle du Carnaval, c’est pour en dénombrer les morts. Et, au bout du compte, elle finit par dire du mal aussi de son football quatre fois champion du monde. Ils devraient donc saisir cette occasion de montrer que le Brésil, c’est aussi autre chose que cela.»
Cette découverte, faute de pouvoir traverser physiquement l’Atlantique, transitera donc par le livre et par le regard de l’écrivain et sa manière – comme disait un jour Jorge Amado – de parler de thèmes qui naissent de la réalité et de faire vivre des personnages cueillis dans le peuple. Bref, de recréer la vie quotidienne d’un pays.
Mais, à côté des grands auteurs régionalistes ou des représentants d’une prose plus cosmopolite présents sur les rayons des libraires, le Salon du Livre aura la visite de José Sarney et Paulo Coelho. Celle aussi d’Augusto de Campos et Décio Pignatari, ces «poètes concrets» dont les textes tentent de faire bon ménage avec le design contemporain. Celle également de Joaquim Kashinawa, une première dans l’histoire de la littérature indigène brésilienne.
Encourager la lecture et son apprentissage
«Le Brésil écrit beaucoup, nous dit Maria Lucy de Seixas Corrêa, conseiller à l’ambassade du Brésil en Suisse. Et un pays qui écrit doit aussi savoir lire.» D’où la place qui est faite, dans le stand brésilien, aux efforts entrepris par les autorités brésiliennes pour «faire lire le plus possible et le plus de monde possible».
On pense d’abord au Programme Alphabétisation solidaire et à cette exposition qui cherche à réduire le taux d’analphabétisme au Brésil (16% dans les villes, 46% en milieu rural) et à faire en sorte que chacun ait accès à la page imprimée.
On y trouve également des présentations du Programme national d’incitation à la lecture, qui soutient les bibliothèques scolaires. Du Fonds national de développement scolaire axé sur la réduction des inégalités sociales et régionales dans le domaine de l’éducation. Ou encore de l’Ecole indigène et son ambition de tisser de promouvoir entre les livres et les populations autochtones du Brésil.
L’encouragement à la lecture servira donc, en quelque sorte, de fil vert-jaune-bleu ciel à cette 16e édition du Salon. «Plus il y aura de lecteurs, dit encore Mme Seixas Corrêa, plus les écrivains seront stimulés à écrire, et plus ces mêmes lecteurs auront peut-être eux aussi envie d’écrire.»
swissinfo/Bernard Weissbrodt
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