Venise: de Hadeln en trouble-fête?
C'est le Suisse Moritz de Hadeln qui dirige cette année le Festival du film de Venise, qui commence jeudi.
Regard sur une manifestation et sur un homme qui n’en est pas à son premier festival.
Il y a cinq mois, la nomination de Moritz de Hadeln à la tête de la prestigieuse Mostra, doyenne des festivals de cinéma, a surpris pas mal de monde.
Faut-il rappeler que l’Italie artistique vit des heures légèrement troublées? Et qu’à l’heure où l’intelligentsia de la Péninsule se regimbe contre la politique culturelle menée par Berlusconi et ses hommes, les postes vacillent. Et parfois s’effondrent.
Ainsi, la direction de la Mostra a-t-elle été décapitée à la suite de la dernière édition de la manifestation. Exit le directeur artistique Alberto Barbera.
Malgré ce contexte trouble, le Suisse Moritz de Hadeln, en fin de contrat avec la Berlinale, a repris – pour une année – les rênes du festival vénitien.
De festival en festival
Moritz de Hadeln est déjà passé par Locarno, Nyon (Festival du film documentaire, avec sa femme Erika), Berlin (de 1979 à 2001).
«Mais avant, il y a eu le cinéaste! Un documentariste, qui assez rapidement il est vrai, s’est orienté vers l’institution festivalière» constate Françoise Dériaz, rédactrice en chef du magazine «Films».
A propos de sa longue période berlinoise, Françoise Dériaz constate que si Moritz de Hadeln a fait venir à Berlin le cinéma de l’Est, il a également «passablement favorisé le cinéma américain».
Des vagues sur les canaux
A la veille du festival, Moritz de Hadeln joue à faire des vagues sur les canaux.
Tout d’abord en s’attaquant à l’organisation du festival, à laquelle il reproche ses équipes éphémères et ses structures provisoires coûteuses. Des «défauts d’organisation confinant à l’absurde», dit-il.
Il va plus loin encore en déclarant que la récompense vénitienne suprême, le Lion d’or, «ne vaut plus rien», car il n’intéresserait plus le marché international du film.
«Comme tous les prix importants, le Lion d’or devrait non seulement couronner un cinéaste ou une production mais aussi inciter le public à aller au cinéma», précise-t-il dans les colonnes du quotidien italien «Corriere della Sera», en ajoutant que Le Lion d’or a trop souvent été attribué selon «des critères ésotériques».
Le combat de l’auteur et de l’industrie
«Esotériques?», s’étonne Françoise Dériaz. «Non, moi je trouve qu’il y a eu des très beaux Lions d’Or. Mais effectivement, si on considère ce prix comme un plus pour des films qui marcheraient de toute manière, le Lion d’Or peut être dévalorisé. Mais si on se place du côté du cinéma d’auteur, il y a eu de très beaux Lions d’Or à Venise».
Bref, c’est un vieux combat qui réapparaît à cette occasion. Un combat réactivé par la situation économique du 7e Art: «En Italie, il y a certainement une volonté politique d’amener un cinéma plus populaire à Venise», constate Françoise Dériaz.
Ancien directeur de la Mostra, Gian Luigi Rondi, se dit «déconcerté» par les déclarations de Moritz de Hadeln. A son avis, il ne faut pas nécessairement associer récompense du jury et succès en salles.
A l’heure où Locarno tente également de ratisser plus large, la pression commerciale semble donc incontournable pour les festivals.
«Si on observe la concentration du cinéma dans les mains de quelques groupes, les difficultés qu’ont les producteurs indépendants et les auteurs pour financer leurs films, il est clair qu’il y a aujourd’hui un resserrement qui fait que, y compris pour les directeurs de festival, l’offre est plus restreinte», admet Françoise Dériaz.
swissinfo/Bernard Léchot
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