Depuis la Suisse, un témoin clé du Kremlingate dénonce Moscou
Moscou a lancé un mandat d'arrêt international contre Felipe Turover. Réfugié en Suisse cet homme d'affaires est à la base des accusations de corruption contre l'ex-intendant du Kremlin Pavel Borodine. Contacté par swissinfo, Felipe Turover critique «le cirque russe» et parle de «tentative d'intimidation».
Affable et cabotin, cet hispano-israélien maîtrise au moins cinq langues, dont le russe. Felipe Turover, 37 ans, est le principal témoin de l’affaire Mabetex-Mercata, du nom des deux sociétés tessinoises de construction soupçonnées d’avoir versé des pots-de-vin à de hauts responsables russes en échange de contrats de rénovation du Kremlin.
Ce dossier a provoqué l’arrestation le 17 janvier dernier à New York, de Pavel Borodine, l’ancien bras droit de Boris Eltsine. La justice genevoise le soupçonne de blanchiment d’argent et a demandé son extradition.
Né en Union soviétique de parents espagnols, Felipe Turover a travaillé à Moscou de 1988 à 1998 avec des banques suisses, dont la Banca del Gottardo. Turover s’occupait essentiellement de recouvrement des dettes, faisant l’intermédiaire entre les autorités russes et les créditeurs étrangers.
En 1998, lorsque le procureur général de Russie, Youri Skouratov, ouvre le dossier sur la rénovation du Kremlin, il s’appuie sur le témoignage de Felipe Turover. Celui-ci fait état du versement de commissions par les sociétés Mabetex et Mercata. Turover se réfugie en Suisse où il collabore avec le procureur fédéral de l’époque, Carla Del Ponte, ainsi qu’avec le parquet de Genève. C’est le début du «Kremlingate».
Hier, bien que Moscou ait classé le dossier Mabetex pour «absence de délit», le Parquet russe a émis un mandat d’arrêt international contre Felipe Turover pour corruption, abus de confiance et escroquerie.
«C’est de l’intimidation pour que je me taise», lance Felipe Turover qui se trouve toujours en Suisse. «Les accusations de Moscou ne sont pas sérieuses, peut-être que la Russie envisage un échange entre moi et Borodine. C’est une vengeance et une tentative idiote pour sauver l’ex-intendant du Kremlin».
D’autres protagonistes considèrent que cette action de la justice russe est une réponse au mandat d’amener que le Parquet de Genève a émis contre Pavel Borodine. «C’est une façon d’agacer les magistrats genevois, si la Suisse n’arrête pas Turover, les Russes auront beau jeu de dire qu’elle applique une justice à deux vitesses», analyse un proche du dossier. Le bras de fer entre Genève et Moscou se poursuit.
Luigino Canal
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