La gauche genevoise ne veut plus d’avocats dans les conseils d’administration
L'Alliance de Gauche, majoritaire au Grand Conseil genevois, veut décréter une incompatibilité entre le métier d'avocat et celui d'homme d'affaires. En d'autres termes, les avocats n'auraient plus le droit de siéger dans des conseils d'administration.
Ce projet de loi, déposé notamment par Salika Wenger, Jean Spielmann et Rémy Pagani, pourrait provoquer une véritable révolution, non seulement à Genève, mais dans toute la Suisse. Certains avocats d’affaires ne vivent qu’en monnayant leur présence dans des conseils d’administrations
Christian Grobet, avocat et député de l’Alliance de Gauche cite le cas d’un avocat administrateur de 120 sociétés «boîtes aux lettres» au Liechtenstein. Dans La Tribune de Genève, l’ancien conseiller d’Etat parle même «d’hommes de paille qui sont administrateurs uniques de petites sociétés qui ont été créées dans le seul but de camoufler l’argent provenant de l’évasion fiscale».
Aujourd’hui, aucun canton en Suisse n’interdit aux avocats de siéger dans un conseil d’administration, contrairement à plusieurs pays de l’Union européenne, notamment la France. «Le droit fédéral prime sur le droit cantonal. Or, la loi fédérale sur la libre circulation des avocats s’applique depuis le 1er janvier 2001», constate Pierre de Preux, bâtonnier de l’ordre des avocats genevois. Un avocat vaudois ou zurichois pourra continuer à plaider à Genève tout en étant administrateur ailleurs.
Actuellement, le canton de Genève compte 1300 avocats, dont 200 stagiaires. Si cette loi passait, elle concernerait environ 10 % d’entre eux, dont des ténors du barreau, comme Dominique Poncet ou Michel Halpérin. «Existe-t-il une raison pour laquelle, seul ou presque seul parmi les libres citoyens de ce pays, l’avocat n’aurait pas le droit de faire des affaires ?», s’étonne Michel Halpérin, confronté à Christian Grobet.
L’Alliance de Gauche, qui dispose de 51 voix, contre 49 à la droite, peut-elle faire passer une telle loi, qui serait une première dans la Confédération ? «Je ne suis pas contre. Mais ne risque t-on pas de déplacer le problème. Quelle profession va-t-on choisir dorénavant pour servir de prête-noms», commente un élu écologiste.
Ian Hamel
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