Le ski alpin suisse en pleine reconstruction
Même si Michael von Grünigen a triomphé dans le géant des Mondiaux, beaucoup de Suisses et surtout de supporters déplorent les performances globalement moyennes de leurs athlètes. Le ski alpin suisse est-il malade?
D’entrée, Jean-Raphaël Fontanaz, chef de la communication de la Fédération suisse de ski (FSS), annonce: «la Suisse se trouve dans une phase de reconstruction, à l’image de ce que les Autrichiens ont entrepris, après leur déconvenue à Crans-Montana, en 1987, dans des Mondiaux outrageusement dominés par les Suisses».
Manifestement, les Autrichiens récoltent, depuis quatre saisons, les fruits de leurs efforts de formation auprès des jeunes. Les statistiques démontrent que ce n’est que depuis 1998 que les skieurs autrichiens collectionnent les victoires en Coupe du monde. Il aura donc fallu dix ans pour que l’Autriche puisse se targuer d’avoir une équipe hautement compétitive dans chaque discipline (descente, super-G, géant, slalom).
L’Autriche, contrairement aux autres pays alpins, a fourni un effort particulier pour faciliter, dans les écoles, l’éclosion de jeunes champions de ski. «Mais en Suisse, s’empresse de préciser Jean-Raphaël Fontanaz, le Valais, Aigle et Neuchâtel ont mis en place un système d’enseignement public qui permet aux jeunes de s’entraîner sur leurs skis durant la journée».
A la base, il y a en Suisse autant de jeunes intéressés à la compétition du ski alpin qu’en Autriche. En revanche, la Suisse a tendance à en perdre davantage que l’Autriche en cours d’études.
En outre, en Autriche comme en France, les jeunes athlètes qui se ratent à tel ou tel échelon de la compétition peuvent ultérieurement raccrocher le bon wagon. Herminator en est l’exemple autrichien.
«Ce qui marque encore plus l’actuelle domination autrichienne, relève M. Fontanaz, est le fait qu’il n’y a pas au sein des autres nations alpines un champion d’exception qui, comme Hermann Maier, focalise sur lui toute l’attention».
«Pendant plusieurs années, la relève helvétique a été négligée, explique M. Fontanaz, et les résultats s’en ressentent aujourd’hui au plus haut niveau. Par ailleurs, notre travail auprès des jeunes prend du temps avant d’être perceptible par le grand public».
Reste que Jean-Raphaël Fontanaz reconnaît que l’équipe de Suisse a eu sa traversée du désert. «Nous l’avons surtout remarqué lorsque Vreni Schneider a pris sa retraite, après les Mondiaux 1997, à Sestrières».
La Suisse a eu le tort de penser que la relève se renouvellerait d’elle-même, lorsqu’elle dominait le ski alpin avec des champions de l’envergure de Primin Zurbriggen, dans les années 1980-1990.
Toujours est-il que chaque génération de skieurs ne génère pas forcément des champions. «Nous sommes obligés de miser sur des individualités comme Michael von Grünigen et Sonja Nef pour quelques saisons encore, conclut le porte-parole de la FSS, avant de pouvoir compter à nouveau sur une équipe de Suisse compacte et compétitive dans toutes les disciplines».
Emmanuel Manzi
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