Le sort des «espions italiens» se joue à Berne
Selon le Procureur de la Confédération Valentin Roschacher, le sort de la délégation italienne appréhendée alors qu'elle enquêtait illégalement au Tessin est du ressort du gouvernement.
C’est lui qui décidera de la suite à donner à cette affaire rocambolesque.
Venus incognito le 8 mai à Lugano pour y consulter des documents compromettants concernant une affaire de corruption et de blanchiment, six Italiens ont été inculpés pour avoir commis des «actes sans autorisation pour le compte d’un Etat étranger», au sens de l’article 271 du code pénal helvétique.
La procédure qui les concerne a été ouverte par le Ministère public de la Confédération (MPC). «L’article 271 a trait à un délit politique, explique le procureur Valentin Roschacher. Et il est de la compétence du Conseil fédéral.»
Et d’ajouter: «Sur la base des conclusions de l’enquête menée par le MPC, il appartient au gouvernement de décider si la procédure doit aller de l’avant ou alors être abandonnée».
En cas de procès, les coupables sont passibles d’une peine oscillant entre trois jours et trois ans d’emprisonnement. Un éventuel procès pourrait être mené par le Tribunal fédéral, voire par le futur Tribunal pénal fédéral qui doit être instauré à Bellinzone.
Pour mémoire, deux parlementaires membres de la Commission qui enquête depuis trois ans sur l’affaire de pots-de-vin «Telecom Italia-Telekom Serbia», trois policiers en civil, un magistrat et le financier Igor Marini composaient la délégation italienne appréhendée il y a une semaine à Lugano.
Recyclage de pots-de-vin
«Témoin à charge» dans l’affaire «Telecom Italia-Telekom Serbia», Igor Marini est sous le coup d’une deuxième procédure pénale. Le financier romain est accusé de recyclage d’argent au sens de l’article 371 du code pénal suisse, d’escroquerie et de faux dans les titres.
Incarcéré depuis le 8 mai au pénitencier de «La Stampa», il a été interrogé vendredi par le procureur de la Confédération Sergio Mastroianni.
C’est sur la base d’une confession faite par Igor Marini que la Commission d’enquête «Telecom Italia-Telekom Serbia» avait dépêché une délégation au Tessin. Selon le «témoin clé» de cette affaire de documents prouvant l’existence de pots-de-vin se trouvaient en effet à l’Office des poursuites de Lugano.
Le financier italien prétend qu’il aurait lui-même recyclé 55 millions de dollars grâce à Helios Jermini (le défunt président du FC Lugano) et à Gianluca Boscaro, un avocat tessinois mort accidentellement en août 2002.
Tous deux auraient aidé Igor Marini à organiser le blanchiment de ces dessous-de-table par le biais de sociétés basées à Lugano.
Selon le financier, cet argent aurait servi à corrompre des politiciens de l’ex-gouvernement de Romano Prodi (centre-gauche) dans le cadre de l’offre d’achat, par Telecom Italia, de 30% des actions de Telekom Serbia.
Une demande d’entraide judiciaire
C’est sur la base de ces révélations que la Commission d’enquête avait dépêché dare-dare une délégation à Lugano. Mais sans avoir au préalable déposé de demande d’entraide judiciaire auprès des autorités suisses.
Après avoir été inculpés, les cinq membres de la délégation ont été relâchés. Mais Igor Marini, lui, a été emprisonné.
Selon le procureur du MPC, Valentin Roschacher, il reste sous les verrous en raison des risques de collusion et de fuite. Une détention qui pourrait se prolonger.
Cela dit, l’avocat du prévenu peut déposer une demande de mise en liberté provisoire et recourir au Tribunal fédéral (TF) en cas de refus.
Enfin, le MPC a confirmé qu’une demande d’entraide judiciaire urgente était parvenue jeudi soir à l’Office fédéral de justice (OFJ). Elle émane du Parquet de Turin qui enquête depuis quelques années sur l’affaire «Telecom Italia-Telekom-Serbia».
swissinfo, Gemma d’Urso, Lugano
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