Les aveux d’Alfred Sirven au juge suisse
Emprisonné depuis près d'un an, l'ex-numéro 2 d'Elf, avoue pour la première fois avoir perçu des commissions sur des contrats d'assurances en Suisse.
Paul Perraudin, le juge genevois en charge de l’affaire Elf, a découvert un nouveau volet à ce tentaculaire dossier: les assurances. Il s’est aperçu qu’à la fin des années quatre-vingt, tous les contrats du groupe pétrolier ont été centralisés entre les mains d’une seule société de courtage dirigée par Mathieu Valentini, aujourd’hui décédé.
Le Corse Mathieu Valentini n’est pas tout à fait un inconnu. Il est l’ami de deux autres Corses, André Tarallo, l’ancien «Monsieur Afrique» d’Elf, et André Guelfi, dit «Dédé la sardine», longtemps domicilié à Lausanne.
Le magistrat suisse a établi que cette centralisation des assurances a permis de dégager plusieurs centaines de millions de francs de commissions.
Le «Testament de Mathieu»
Muet depuis sa capture aux Philippines, Alfred Sirven a enfin avoué qu’il avait, lui aussi, perçu de l’argent en Suisse. «Mathieu Valentini m’a dit que dans la répartition de ces commissions, il m’en donnerait personnellement une part», explique l’ancien numéro 2 d’Elf. Quels étaient les autres bénéficiaires? L’ancien fuyard reste muet.
«On est arrivé à un tiers pour moi, un tiers pour les fonds secrets, quoique dans mon esprit il s’agissait plutôt de quarts que de tiers», ajoute-t-il. Seule confidence: les pots-de-vin étaient baptisés le «Testament de Mathieu» (Valentini).
Très méfiant vis-à-vis des deux magistrats parisiens, Eva Joly et Laurence Vichnievsky, en charge de l’affaire Elf, Alfred Sirven, en revanche, a noué des relations de confiance avec Paul Perraudin. Il considère que le juge suisse a travaillé sans état d’âme, développant une approche «technique» et non «politique» de ce tentaculaire dossier.
Ian Hamel
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