Les registres des chiourmes
Lors de l'arrivée de prisonniers dans les ports, deux types de documents étaient présentés aux écrivains chargés des procédures administratives d'entrée au bagne.
Cette procédure était destinée à éviter les dérapages.
Il y avait les listes des forçats envoyées directement par les procureurs généraux des parlement ayant prononcé les condamnations, également de Suisse.
Ces listes étaient alors confrontées à celles remises par le capitaine de la chaîne qui amenait les prisonniers. Les listes du capitaine n’étaient que des copies de celles envoyées par les tribunaux.
Pour éviter des amendes
Ce procédé devait assurer que chaque prisonnier condamné aux galères et parti avec la chaîne arrive bel et bien dans les ports, évitant ainsi au capitaine la tentation de passer sous silence les évasions et les morts en route pour lesquels il devait payer une amende.
Pour les morts, les certificats de décès dressés en route par les curés des villages où étaient enterrés les malheureux devaient être présentés.
Une fois cette vérification effectuée, le secrétaire dressait un « extrait de la chaîne » à l’usage de l’intendance générale, mais aussi pour payer le capitaine de la chaîne.
Des orthographes proches de la phonétique
Puis les galériens passaient devant l’écrivain des chiourmes, l’un après l’autre. Celui-ci prenait leur signalement : nom, prénom, ceux de leurs père et mère, éventuellement de leur femme, lieu de naissance, âge et profession.
Certains ne parlaient que la langue de leurs pays. Leurs dires étaient alors traduits, entraînant certaines orthographes proches de la phonétique.
L’écrivain ajoutait à ces informations une description physique du forçat, la date et la chaîne d’arrivée, le motif de condamnation et le numéro matricule.
Dans la marge gauche était notée la date du décès, de l’évasion ou de la libération. Dans la marge droite, l’écrivain notait parfois certaines remarques comme la religion juive ou réformée, un séjour antérieur aux galères, ainsi que des instructions particulières données par les juges.
Une vue d’ensemble des protestants
Plusieurs registres complémentaires permettaient de s’y retrouver dans cette énorme masse de documents. Ainsi des registres parallèles par nom et numéros existaient, d’autres répertoriaient la classe d’aptitude au travail et la galère d’affectation.
Des registres spéciaux venaient s’ajouter à ceux déjà cités. Certains servaient à répertorier les galériens recommandés par le roi, mais d’autres permettaient une vue d’ensemble de tous les galériens protestants.
Dans ces derniers registres, étaient notées toutes les observations faites sur ces galériens : ceux qui faisaient leurs devoirs religieux, ceux qui manifestaient, etc. D’autres registres recensaient les blessures, les évasions, les libérations, les décès.
swissinfo, Benoît Dumas
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