Lifting pour le Musée International de la Croix-Rouge
L’institution genevoise ferme ses portes pour d’importants travaux de rénovation. Réouverture au printemps 2013. En attendant, le directeur des lieux Roger Mayou nous parle de la nouvelle configuration de son musée, qui saura combiner émotion et information.
Il y avait beaucoup de monde les 25 et 26 juin derniers, lors des journées portes ouvertes organisées par le Musée International de la Croix Rouge et du Croissant Rouge (MICR).
L’institution genevoise, qui ferme ses portes jusqu’en 2013 pour d’importants travaux de rénovation, invitait à cette occasion son public à voir ou à revoir «l’histoire passionnante de la première organisation humanitaire au monde», comme le précise fièrement Roger Mayou. Le directeur du MICR se réjouit de son futur musée et de ses futurs projets. Entretien.
swissinfo.ch: Dans une note d’intention, vous expliquez que «l’action humanitaire a changé, tout comme les moyens de communication», et que le MICR «se doit de refléter cette mutation». Est-ce à dire que vous allez reconfigurer l’espace d’exposition?
Roger Mayou: Nous prévoyons, en effet, une nouvelle scénographie des lieux adaptée surtout à notre exposition permanente qui change de concept. Cette exposition -qui compte des films, des écrits, des affiches, des photos, des objets – ne sera plus présentée sous la forme d’un parcours chronologique allant de Henry Dunant à nos jours, comme ce fut le cas jusqu’ici. Elle suivra en revanche un schéma thématique, tournant autour de trois axes: défendre la dignité humaine, reconstruire le lien familial et refuser la fatalité. Chaque axe, ancré dans la réalité d’aujourd’hui, sera éclairé par l’Histoire et aura son espace propre. Et chaque espace s’ouvrira par une émotion qui, nous l’espérons, marquera les esprits.
swissinfo.ch: Quel genre d’émotion?
R.M: Il ne s’agit pas de faire rire ou pleurer, mais d’apporter au visiteur, en quête d’informations sur l’action humanitaire, un supplément d’âme qu’un clic sur Internet, aussi efficace soit-il, ne pourra jamais lui procurer. Pour autant, notre but n’est pas d’entrer en concurrence avec les nouvelles technologies, mais de sensibiliser le public au travail de la Croix-Rouge via un bel objet ou un film, par exemple. Je pense que la combinaison de l’émotion et de l’information est une clé de réussite pour un musée du XXIe siècle.
swissinfo.ch: En clair, vous serez plus moderne et moins institutionnel qu’avant?
R.M: Dans un certain sens oui, car nous abandonnons la rigidité d’une lecture chronologique, comme je le disais, pour accorder beaucoup plus de place à l’interactivité. Je m’explique. Le point d’orgue de notre exposition permanente sera l’échange entre visiteurs et témoins. Des témoins de tous horizons: psychologues, blessés de guerre, médecins ou fonctionnaires de la Croix-Rouge. Ceux-ci dialogueront, via des films vidéo, avec le public. Ce ne sont pas des témoignages qui défilent de 10h à 18h. Il vous faut actionner un téléviseur pour avoir l’image et parler avec le témoin présent à l’écran.
swissinfo.ch: La rénovation du musée a été confiée à trois architectes: un Brésilien, un Burkinabé et un Japonais. Comment ce choix s’est-il fait et pourquoi est-il éclectique?
R.M: Nous avons voulu que chacun des trois espaces thématiques soit conçu par un architecte de nationalité différente. C’était une manière de marquer le caractère universel de la Croix-Rouge en faisant appel à la diversité culturelle. Nous avons donc lancé un concours international, par zone géographique, et ce sont Gringo Cardia, Francis Kéré et Shigeru Ban qui l’ont gagné. Leur travail sera coordonné par l’Atelier Oï qui, lui, est Suisse et qui, en plus, est chargé de réaliser les espaces communs, c’est-à-dire le hall d’entrée, la salle pédagogique et le Focus d’actualité.
Avec ce choix d’architectes, nous aurons réussi à réunir les quatre continents.
swissinfo.ch: A quoi correspond au juste le Focus d’actualité?
R.M: C’est un espace réservé à ce que j’appelle «les dernières nouvelles du terrain». Il y aura, d’une part, une mappemonde et une série d’écrans qui reflèteront les opérations de la Croix-Rouge dans le monde. Et d’autre part, un sujet thématique d’actualité, ça peut être un tsunami, un accident nucléaire…
swissinfo.ch: Venons-en aux expositions temporaires. Depuis l’ouverture du MICR en 1988, il y en a eu une cinquantaine environ, dont une consacrée aux Balkans et une autre aux Etats-Unis à l’Afghanistan et à l’Irak. Pensez-vous que les révolutions arabes d’aujourd’hui auront une place dans votre musée rénové?
R.M: Je ne peux pas vous répondre, car pour le moment nous ne sommes pas dans la préparation des expositions temporaires, nous nous concentrons sur les réalisations de la permanente. Mais bon, un sujet sur les révolutions arabes pourrait par exemple être traité dans l’espace Focus.
J’apporte néanmoins une précision: il n’y a pas que les guerres qui nous intéressent, notre regard se porte sur toute situation difficile dans le monde.
swissinfo.ch: D’un mot, Henry Dunant pour vous c’est qui?
R.M: Un homme éminemment moderne. Pour reprendre une expression qui court aujourd’hui sur toutes les lèvres: il s’est indigné puis il a agi.
swissinfo.ch: Vous pensez ici à Stéphane Hessel?
R.M: Oui.
Ouvert à Genève le 29 octobre 1988, le Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge (MICR) a su au fil des ans marquer les esprits et sensibiliser les visiteurs à l’importance de l’action humanitaire.
Depuis sa création, il a ainsi accueilli quelque 2 millions de visiteurs, suisses et étrangers venus du monde entier.
Sans compter l’exposition permanente, 47 expositions temporaires ont été organisées en 23 ans.
Il est devenu ainsi le 3e musée de Genève et l’un des 20 musées les plus importants de Suisse en termes de fréquentation.
Il a fermé ses portes le 1er juillet pour d’importants travaux de rénovation.
Il les ouvrira au printemps 2013, avec un espace entièrement transformé.
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