Lugano n’aura pas de maison close
La municipalité vient de refuser la réouverture de l'ancien bordel Tortuga, fermé en juillet 2000. L'établissement aurait dû redémarrer sous forme de maison close légalisée.
Les habitants du quartier luganais de Loreto poussent un soupir de soulagement. Contrairement au Département tessinois du territoire qui avait donné son aval, l’exécutif de Lugano a rejeté la demande de la société anonyme «Transmontana SA».
Celle-ci voulait transformer l’ancien bar à prostituées «Tortuga» en maison close autorisée. Pour refuser l’autorisation de réouverture, la ville a notamment argué du fait que le quartier de Loreto est une zone résidentielle et de transit.
Le comité de quartier satisfait
Par ailleurs, la présence d’une maison close ne ferait qu’accroître le trafic, déjà problématique. La municipalité craint aussi que le va-et-vient des clients ne trouble le sommeil des habitants du coin. Les problèmes, soulevés par la ville, sont ceux qui existaient déjà avant la fermeture du «Tortuga».
Le comité de quartier qui avait lancé une pétition contre la réouverture du bordel, est satisfait. Même si, bien sûr, la société déboutée va faire recours. L’avocat qui la représente parle d’une «décision plus politique que juridique» et annonce une prompte réaction.
Un des premiers bars à prostituées de Lugano, le «Tortuga» avait été fermé en juillet 2000, trois mois après l’hôtel «Gabbiano» sis juste en face. Propriété de Giuliano Bignasca, président de la Lega et conseiller national, le «Gabbiano» avait été le théâtre d’un meurtre sordide.
Giuliano Bignasca désavoué
Une prostituée brésilienne de 35 ans y avait été égorgée par un client, le soir même de l’élection de Giuliano Bignasca à la municipalité de Lugano. Pour la petite histoire, notons que le seul conseiller municipal à avoir voté en faveur de la réouverture du «Tortuga» a été M. Bignasca justement.
La société qui a repris en main les rênes du «Tortuga» a tablé sur la nouvelle loi cantonale sur la prostitution pour formuler sa demande. Adoptée en juin dernier par le Parlement, la loi réglemente l’exercice de la prostitution.
Les péripatéticiennes devront s’annoncer à la police et elles seront fichées. Elles payeront des impôts mais seront aussi mieux protégées. La nouvelle loi toutefois ne sera pas appliquée avant le mois de novembre.
Dans tout le Tessin, une vingtaine de bordels clandestins ont été fermés par la police durant ces 18 derniers mois. La plupart d’entre eux n’ont pas pu rouvrir leurs portes.
Gemma d’Urso, Lugano
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.