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ONU: la Suisse a fait sa demande

L'ambassadeur de Suisse auprès de l'ONU Jenö Stähelin avec le secrétaire général Kofi Annan. Keystone

Pour la Suisse, le 17 juillet restera historique. C'est le jour où elle a fait sa demande officielle d'admission à l'ONU. Tout en rappelant son attachement à la neutralité.

C’est donc mercredi, en fin de journée, à New York, que l’ambassadeur Jenö Stählin a transmis en mains propres la lettre du Conseil fédéral au secrétaire général de l’ONU Kofi Annan.

Dans sa lettre, le gouvernement suisse certifie que «Confédération helvétique reconnaît les devoirs contenus dans la Charte des Nations unies, et qu’elle est prête à les remplir».

Toutefois, le Conseil fédéral rappelle son attachement à la neutralité. «La Suisse reste neutre, même en tant que membre des Nations unies.»

De son côté, le secrétaire général de l’ONU a tenu à saluer la décision du peuple suisse, qu’il a qualifié de «merveilleuse et sage».

«Je suis sûr que la Suisse saura faire entendre sa voix», a-t-il ajouté, en se réjouissant de la «coopération constructive» à venir.

«La Suisse, a-t-il poursuivi, devrait rapidement trouver ses marques dans l’organisation. Elle sait ce que signifie appartenir à la famille des Nations unies».

Et Kofi Annan de rappeler que la Suisse est déjà un centre important de l’ONU. Qu’elle est depuis longtemps membre des programmes de l’organisation. Qu’elle a ratifié de nombreux accords émanant de l’ONU. Et que Genève héberge nombre d’organisations onusiennes.

La demande d’adhésionde la Suisse – qui devrait être traitée ce mois encore par le Conseil de sécurité – sera approuvée de 10 septembre par l’Assemblée générale.

C’est donc ce jour-là que la Suisse deviendra officiellement le 191e membre de l’Organisation des Nations Unies.

Mais quel est l’état de santé de cette organisation? Spécialiste de l’ONU et professeur à l’Institut universitaire de hautes études internationales (HEI) de Genève, Victor-Yves Ghebali nous livre son diagnostique.

swissinfo: de nombreux commentateurs soulignent la faiblesse actuelle de l’ONU. Partagez-vous leur avis?

Victor-Yves Ghebali: On ne peut pas juger les Nations Unies globalement. Il faut distinguer l’ONU politique de l’ONU économique et sociale et de l’ONU humanitaire.

Les critiques que vous relevez visent principalement la faiblesse de l’ONU politique. Une organisation que l’on peut effectivement comparer à un navire sans capitaine.

Une situation d’autant plus déplaisante que le pays qui aurait le plus vocation à piloter l’ONU – les Etats-Unis – ne fait que lui exprimer son dédain.

Mais cette ONU est aussi celle des opérations de maintien de la paix qui se déroulent dans pratiquement toutes les régions du monde. Un rôle restreint, mais utile à la stabilité internationale.

Certains observateurs estiment pourtant que, dans ces opérations comme dans d’autres domaines, les Etats-Unis commandent, leurs alliés financent, et l’ONU exécute.

V.-Y. G.: N’exagérons rien. Les Etats-Unis ne peuvent pas commander l’ONU. Les négociations finales sur la Cour pénale internationale l’ont d’ailleurs montré.

Dans cette affaire, Washington n’a finalement obtenu que peu de choses par rapport à ses premières exigences.

De fait, en exerçant un leadership plutôt négatif sur l’ONU, les Etats-Unis ne peuvent pas y obtenir de gains véritables.

Une réforme du Conseil de sécurité de l’ONU permettrait-elle de corriger la faiblesse politique de l’ONU?

V.-Y. G.: Non, la réforme du Conseil de sécurité est un faux problème. Elle ne permettra pas de rendre l’ONU plus efficace. C’est le comportement des Etats qui doit changer.

Le renforcement de l’ONU politique dépend, en particulier, de l’attitude responsable ou non des membres du Conseil de sécurité.

On constate que dans d’autres domaines comme le développement ou l’environnement, les clivages entre Etats continuent de miner une action concertée au sein de l’ONU…

V.-Y. G.: En effet. Il faut même avoir le courage de dire que l’ONU économique et sociale est une énorme machine qui tourne à vide.

Et cela, pour une raison très simple: l’ONU n’a aucun pouvoir de décision sur les grandes questions économiques et sociales. C’est au sein d’organisation comme le G8 ou l’OMC que se prennent ces décisions.

Dans ce domaine également, l’ONU est donc marginalisée de fait. Mais elle continue à faire comme si cela n’était pas le cas.

Mais alors, comment voyez-vous l’avenir de l’ONU?

V.-Y. G.: Paradoxalement, je ne suis pas pessimiste. L’ONU a traversé de pires moments. Durant la guerre froide, elle était totalement paralysée. Mais elle a survécu.

Mieux, elle a su s’adapter. Ainsi, les Nations Unies ont inventé les opérations de maintien de la paix. Ce qui n’était pas prévu dans sa charte constitutive.

Aujourd’hui, l’ONU est tout simplement au creux de la vague. De plus, on ne rend pas assez justice au travail quotidien accompli par l’organisation et ses agences, en particulier dans le domaine humanitaire.

De quelle manière la Suisse peut s’intégrer dans cette organisation affaiblie?

V.-Y. G.: En adhérant à l’ONU, la Suisse régularise en fait l’union libre qui régit déjà ses rapports avec l’organisation depuis des années.

La Suisse va donc pouvoir approfondir ce qu’elle fait depuis longtemps déjà. En particulier dans le domaine des droits de l’homme, du droit humanitaire et des questions relatives aux minorités nationales.

swissinfo/propos recueillis par Frédéric Burnand à Genève

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