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Quand le sport nourrit l’espoir… et les drames

L'exposition «Hope – quand le sport peut changer le monde» est à voir jusqu'au 6 novembre à Lausanne. DR

Le Musée olympique de Lausanne consacre une exposition interactive aux idéaux du mouvement olympique et montre comment les Jeux peuvent parfois apaiser les tensions du monde. En accordant tout de même une petite place aux épisodes plus douloureux de l’olympisme moderne.

L’image a fait le tour du monde et happe le visiteur dès le seuil de l’exposition franchi. Stanislas Wawrinka est couché sur le dos, au beau milieu du court de tennis des Jeux de Pékin, tandis que Roger Federer se chauffe les mains sur son compère, avec qui il vient de décrocher la médaille d’or de double. Quinze secondes d’amitié, l’une des trois valeurs – avec l’excellence et le respect – qui fondent l’idéal olympique.

Après une petite piqûre de rappel sur la notion de Trêve olympique, la signification du relais de la flamme ou encore les buts de l’olympisme, on est tout de suite plongé dans les combats politiques qui ont jalonné l’histoire des Jeux modernes.

Une large place est accordée à la mixité dans le sport. Fief de la virilité, le monde des sports s’est très longtemps construit sur l’exclusion des femmes, nous rappelle-t-on. Aujourd’hui, les choses ont bien changé, puisque 40% des athlètes engagés lors des Jeux olympiques sont des femmes.

Un postulat philosophique en 3D

Plus généralement, ce sont tous les combats pour l’égalité qui sont mis en avant. Ceux des minorités, noires avec Mohamed Ali (USA) ou autochtones avec Cathy Freeman (Australie). La championne d’origine aborigène s’adresse directement au spectateur lorsqu’il la sollicite sur l’écran tactile: «Je suis un symbole d’espoir, à travers moi les barrières se sont brisées. Ma victoire est celle de tous les aborigènes». Comme à Sydney en l’an 2000, les Jeux olympiques sont souvent l’occasion pour les Etats de placer les questions d’intégration des premières nations au cœur des débats.

A l’étage supérieur du Musée, un espace démontre comment lors des Jeux, le sport réussit parfois à apaiser les tensions du monde. L’amitié indéfectible qui unit Luz Long (Allemagne) et Jesse Owens (USA) en est l’un des meilleurs exemples. En assemblant des morceaux de puzzle virtuel, il est possible de reconstituer d’autres histoires porteuses d’espoir, comme celle de ce bob à quatre où avaient pris place deux Bosniaques, un Croate et un Serbe aux Jeux de Lillehammer en 1994, alors que les Balkans étaient en feu.

«Il n’est pas forcément aisé de traduire un postulat philosophique en trois dimensions dans une exposition. Le contexte est historique, sociologique ou politique, mais nous avons privilégié le story-telling, en racontant des histoires personnelles et collectives qui ont jalonné l’olympisme», souligne Frédérique Jamolli, la conservatrice du Musée olympique.

Jours sombres

 

A ce stade de l’exposition, l’étrange sentiment d’être bercé par une propagande olympique trop idéalisée nous envahit toutefois. C’est alors que surgissent, dans un décor de fleurs noires en berne, de minuscules écrans vidéos où défilent les images des jours plus sombres de l’olympisme.

«Le sport n’est pas la panacée à tous les maux et il est parfois instrumentalisé à mauvais escient. Il ne s’agit pas de l’occulter», explique Frédérique Jamolli. La prise d’otage sanglante de Munich en 1972 et les boycotts des Jeux de Moscou ou de Los Angeles en sont les exemples les plus frappants.   

L’exposition se conclut évidemment sur une note plus positive. Chacun est invité à semer l’espoir sur une piste d’athlétisme, elle aussi virtuelle. Et au passage, l’occasion pour le CIO est trop belle de faire la promotion de ses programmes de développement mis en place à travers le monde.   

Au-delà des clichés

Si l’exposition s’inscrit avant tout dans une logique historique, elle ambitionne également d’emmener le visiteur au-delà des clichés et des idées reçues. On apprend ainsi que les couleurs des cinq anneaux olympiques ne correspondent pas chacune à un continent, mais qu’elles représentent au moins une couleur présente sur les drapeaux de tous les pays du globe.

A l’entrée du Musée, une «fabrique de l’espoir» a été installée pour éveiller le sens critique des milliers d’adolescents qui visitent chaque année l’institution. «Ils peuvent ainsi transposer les valeurs de l’exposition à leur propre expérience personnelle et devenir les ouvriers de leur contribution à l’espoir et à la paix», souligne Anne Chevalley, la responsable des services éducatifs du Musée.

Grâce à une série de questionnements, les jeunes visiteurs sont confrontés à l’image parfois biaisée et parasitée par les préjugées ou les généralités qu’ils se font du monde. Et toujours, cette volonté de faire passer le même message:  l’olympisme se veut créateur d’un style de vie fondé sur la joie dans l’effort, la valeur éducative du bon exemple et le respect des principes éthiques fondamentaux universels. Vaste programme.

L’idée d’un Musée olympique a été lancée pour la première fois par le baron Pierre de Coubertin en 1915, peu de temps après l’implantation du Comité international olympique (CIO) à Lausanne. Le musée aurait dû incarner les idéaux du mouvement olympique.

Après avoir accédé à la présidence du CIO, en 1980, l’Espagnol Juan Antonio Samaranch a fait de la construction du Musée olympique un objectif prioritaire.

Les coûts (environ 108 millions de francs) ont été largement subventionnés par des donations. L’inauguration a eu lieu en 1993 à Ouchy (Lausanne), sur les bords du lac Léman.

Le musée, qui s’étend sur 11’000 m2 et qui dispose d’un parc de 22’000m2, reçoit chaque année près de 200’000visiteurs, dont 40’000-50’000 écoliers, ce qui en fait l’une des institutions les plus fréquentées de Suisse. La moitié des visiteurs vient de l’étranger.

Outre les expositions temporaires, le Musée héberge deux expositions permanentes consacrées à l’histoire du mouvement olympique et des Jeux olympiques.

En 1995, il a été désigné «Musée européen de l’année» par le Conseil de l’Europe.

L’exposition «Hope – quand le sport peut changer le monde» est à voir jusqu’au 6 novembre 2011.  Dès 2012, d’importants travaux de rénovation sont prévus et entraîneront la fermeture du musée pendant une vingtaine de mois.

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