Rwanda: la Suisse hésite à renforcer son aide au développement
Une équipe d'experts suisses se rendra prochainement au Rwanda pour y faire une évaluation de la situation qui reste volatile. Elle devrait permettre de voir plus clair sur l’avenir de la coopération suisse, six ans exactement après le génocide.
Une équipe d’experts suisses se rendra prochainement au Rwanda pour y faire une évaluation de la situation qui reste volatile. Elle devrait permettre de voir plus clair sur l’avenir de la coopération suisse, six ans exactement après le génocide.
Le génocide avait totalement éclipsé l’aide au développement suisse au Rwanda, qui était jusqu’en 1994 un pays de concentration de l’aide suisse. Près de 800 000 personnes – Tutsis et Hutus modérés – ont été systématiquement massacrées par les soldats des ex-Forces armées rwandaises et les milices extrémistes hutus (Interahamwe).
Une tragédie qui a jeté une lumière crue sur les carences de l’ONU, le rôle ambigu de pays comme la France et la Belgique. Mais aussi sur la trop grande proximité de la coopération suisse avec le pouvoir hutu de l’époque et son aveuglement, dû en partie à la présence, durant une décennie, auprès du président rwandais Juvénal Habyarimana d’un conseiller personnel suisse, payé par la Confédération helvétique.
C’est hanté par ce douloureux souvenir que la Suisse avance à pas comptés sur le terrain de sa politique d’aide au Rwanda. Six ans après le génocide, la situation est toujours volatile. Une équipe d’experts se rendra prochainement au pays des mille collines pour faire une évaluation. C’est sur la base d’un rapport, attendu courant juillet, que l’on verra plus clair sur l’avenir de la coopération suisse dans un pays qui peine à prendre le chemin de la réconciliation et de la reconstruction.
Pour l’instant, il n’est pas question d’envisager le retour du Rwanda dans le club des pays de concentration de l’aide suisse. «Nous travaillons sur la base d’un programme spécial valable pour trois ans (1998 – 2000). Il va être évalué cette année», souligne Ariane Zwahlen, chargée de programme pour le Rwanda à la Direction du développement et de la coopération (DDC).
Jusqu’ici, l’aide suisse a pris à bras le corps des domaines ciblés et complexes. Comme l’aide à la mise en place d’un Etat de droit, la lutte contre la pauvreté, le respect des droits de la personne humaine ainsi que la lutte contre le phénomène de l’impunité. En effet, la Suisse collabore aux fameux tribunaux «gacaca». Une adaptation de la justice traditionnelle destinée à juger les «génocidaires». Actuellement, 120 000 personnes croupissent dans les prisons.
Et pour superviser toutes ces actions, l’oeil de la coopération suisse au Rwanda s’appelle aujourd’hui Brigitte Kehrer. Elle est la cheffe de la mission de la DDC à Kigali. Ce poste de «coordinateur politique» a été institué en 1996, conçu comme garde-fou pour éviter à la coopération suisse de répéter les erreurs passées. L’une de ses missions est de faire parvenir des analyses de la situation, directement à Berne aux diplomates qui élaborent la politique suisse au Rwanda.
D’ici là, le Rwanda restera dans l’actualité proprement helvétique. Avec le procès en appel d’un criminel de guerre rwandais qui doit débuter le 15 mai prochain à Genève. Le 30 avril 1999, l’ancien bourgmestre rwandais Fulgence Niyonteze a été condamné à Lausanne à la réclusion à vie ainsi qu’à l’expulsion du territoire suisse pour une durée de 15 ans. Il a été reconnu coupable d’assassinat, de tentative d’assassinat ainsi que de diverses violations graves des Conventions de Genève.
Jugurtha Aït-Ahmed
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