Aucun recul possible sur l'effacement de la dette

A Washington, le ministre Hans-Rudolph Merz entouré du Secrétaire d'Etat à l'Economie, Jean-Daniel Gerber (gauche) et du patron de la BNS, Jean-Pierre Roth (droite). Keystone

A Washington, en marge de la réunion du FMI et de la Banque Mondiale, Hans-Rudolf Merz a souligné qu'un retour en arrière n'est plus envisageable.

Ce contenu a été publié le 26 septembre 2005 - 11:06

Les deux institutions ont approuvé ce week-end l'accord du G-8 sur l'annulation de l'endettement des pays les plus pauvres.

Rassemblés en juillet à Gleneagles en Ecosse, les chefs d'Etat et de gouvernement du G-8 étaient parvenus à un accord de principe historique prévoyant que le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale annulent la dette de 18 pays en développement parmi les plus pauvres, un effacement de 40 milliards de dollars.

Les dirigeants du G-8 se réunissaient alors que le mouvement international en faveur de l'annulation de la dette culminait avec Live8, une série de concerts simultanés organisée sur les cinq continents sous la houlette de Bob Geldof et de Bono.

Ce sont ces pressions politiques, venant de Live8 et du G-8, qui ont conduit deux institutions multilatérales traditionnellement allergiques à l'idée d'une annulation de leurs créances à approuver l'accord de Gleneagles.

Pour Hans-Rudolf Merz, l'aval du FMI et de la Banque Mondiale est avant tout «un engagement politique». «On ne pourrait plus reculer sans causer de dégâts politiques», déclare à swissinfo le ministre suisse des Finances, qui assure que «la Suisse soutient cette initiative et y participera».

Zones de flou

Mais l'accord sur l'accord, intervenu ce week-end à Washington, a des contours encore imprécis. «Il y a un très grand nombre de problèmes techniques qui doivent être résolus», souligne ainsi Jean-Daniel Gerber, le Secrétaire d'Etat à l'Economie.

Le nombre exact de pays bénéficiaires et le calendrier de l'annulation ne sont que deux de ces «problèmes techniques». Certaines propositions d'application de l'accord mentionnent jusqu'à 38 pays bénéficiaires, ce qui porterait le montant de l'annulation à près de 57 milliards de dollars.

La répartition du coût de l'effacement en est un autre, et de taille, car les pays donateurs devront rembourser le FMI et la Banque Mondiale du principal et des intérêts que les pays bénéficiaires n'auront plus à payer. «Il faut bien comprendre que l'effacement de la dette va peser sur les budgets des gouvernements des pays donateurs pendant 40 ans», indique Jean-Daniel Gerber à swissinfo.

Conditions ou critères?

Pietro Veglio, le représentant de la Suisse à la Banque Mondiale, souligne pour sa part que «le désendettement ne garantit pas le succès économique des pays bénéficiaires»..

Selon lui, «il faut donc garantir que les ressources qui sont libérées du fait de l'annulation sont utilisées de façon raisonnable et que ces pays ne répètent pas les erreurs commises dans le passé et ne recommencent pas à accumuler de la dette».

Interrogé par swissinfo sur le point de savoir si les pays bénéficiaires de l'effacement se verront imposer de nouvelles conditions pour assurer ce que les pays donateurs appellent «l'efficacité» de l'annulation, Hans-Rudolf Merz préfère parler de «critères». «Ce qu'il faut, c'est une prévisibilité, une certitude du côté des donateurs et des bénéficiaires, et cette certitude passe par l'élaboration de critères».

La décision sur ces divers problèmes «techniques» est loin d'être trouvée au sein du FMI et de la Banque Mondiale. Le ministre suisse des Finances note d'ailleurs que Paul Wolfowitz, le nouveau président de la Banque Mondiale, a exhorté les pays membres à «taper dans le ballon».

«Nous sommes déterminés à régler les problèmes qui restent à résoudre», affirme pour sa part Hans-Rudolf Merz. Mais pour que cette poussée intervienne, il admet qu'une impulsion renouvelée sera nécessaire au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement.

Controversé... et convaincant

Quant à Paul Wolfowitz, il vient de passer le cap des 100 jours à la tête de la Banque Mondiale.

Bien que décrié dans le monde en tant qu'architecte de la guerre en Irak et accueilli d'abord avec prudence par la plupart des pays membres de la Banque Mondiale, l'ancien ministre adjoint de la Défense de George Bush séduit de plus en plus les responsables helvétiques. «J'ai été très convaincu par le discours d'ouverture de M. Wolfowitz», indique en effet Hans-Rudolf Merz.

«Je dois reconnaître que M. Wolfowitz a écouté les critiques faites par plusieurs pays actionnaires dont la Suisse et qu'il a notamment poussé autant que possible le G-8 à prendre un engagement financier crédible dans l'initiative sur la dette. Je crois que sur ce dossier, il s'est montré indépendant du G-8 et des Etats-Unis et qu'en général, il va aussi dans cette direction», explique Pietro Veglio, dans une évaluation publique rare de la part d'un représentant d'un pays membre auprès de la Banque Mondiale.

swissinfo, Marie-Christine Bonzom à Washington

En bref

- Dix-huit pays vont bénéficier de l'annulation de 40 milliards de dollars de dette. Ils pourraient être rejoints par vingt autres pays, portant à 56,7 milliards de dollars la totalité de la somme effacée.

- Ces dettes ont été contractées auprès du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement. Sur les 40 milliards de dollars concernés, environ 11% reviennent au FMI. L'essentiel (70%) concerne la Banque mondiale.

- La première vague d'effacement de dettes s'appliquera au Bénin, à la Bolivie, au Burkina Faso, à l'Ethiopie, au Ghana, au Guyana, au Honduras, à Madagascar, au Mali, à la Mauritanie, au Mozambique, au Nicaragua, au Niger, au Rwanda, au Sénégal, à la Tanzanie, à l'Ouganda et à la Zambie.

- Le principe de cette annulation avait été adopté en juillet par les huit pays les plus industrialisés (G8) en Ecosse.

End of insertion

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

Partager cet article