Comment le marché des télécoms peut sortir de la crise
Licenciements, chute des cours en Bourse, résultats en recul, la série noire pour le monde des télécommunications semble sans fin. En moins d'un an, le secteur est passé de l'euphorie à la désillusion, puis à la sinistrose. Comment en est-on arrivé là et par quels chemins s'en sortir?
Aux Etats-Unis comme en Europe, toute la filière des télécommunications, des équipementiers aux opérateurs, broie du noir. Dernier exemple en date, le bernois Ascom vient d’annoncer une perte de 26 millions pour le 1er semestre 2001, alors que, l’an dernier à la même période, il affichait encore un bénéfice net de 60 millions.
Des investissements mirobolants
Essayons d’analyser cette descente aux enfers. Emportés par la frénésie technologique, les opérateurs ont investi des sommes colossales pour construire des réseaux de fibres optiques, pour acquérir des licences pour la téléphonie mobile de la troisième génération UMTS ou pour les concessions WLL, la boucle locale radio sans fil.
Mais la machine s’est emballée, d’un côté les dépenses atteignaient des sommets, de l’autre les recettes ont commencé à plafonner. Il a fallu conjuguer avec la guerre des prix lancée par les nouveaux venus, puis c’est le ralentissement du marché du mobile qui a pris de court les opérateurs.
Les clients, moins dépensiers, ont fait baisser le chiffre d’affaires moyen par abonné. Chez Swisscom Mobile, ce montant était de 72 francs par mois l’an dernier, soit un recul de 12% par rapport à 1999.
Pour compenser, les opérateurs essayent d’accroître le trafic mobile de données. D’ici cinq ans, le chiffre d’affaires généré par ce type de communication devrait couvrir les deux tiers du revenu moyen par abonné. Mais, pour cela, il faudra mettre en place les réseaux GPRS puis UMTS, qui apparaissent désormais comme la seule porte pour sortir de l’impasse actuelle.
Ces technologies qui offrent un accès permanent à Internet sont perçues comme des relais de croissance. Le problème, c’est que la commercialisation du GPRS et de l’UMTS a été repoussée à maintes reprises et rien de garantit que les clients adopteront en masse ces produits.
Coups de maître pour Swisscom
Bloqués par leur endettement massif, les opérateurs ont demandé de l’aide aux équipementiers pour financer leur développement technologique. Tous les fabricants ont dû offrir des crédits-fournisseurs aux opérateurs, finançant parfois même 150% de la valeur de la commande. Résultats, les équipementiers se sont retrouvés dans la même impasse que les opérateurs.
En Suisse, la politique plutôt conservatrice de Swisscom s’est finalement révélée payante. Certes, le géant bleu est aussi touché par la crise et quelque 6000 postes sont en train d’être supprimés. Mais Swisscom a réussi un coup de maître en achetant l’entreprise allemande debitel.
Cette société, qui ne dispose pas de son propre réseau mais acquiert des capacités auprès des fournisseurs existants, est devenue le plus important opérateur virtuel européen avec 9,3 millions de clients. A lui seul, debitel réalise un tiers du chiffre d’affaires du géant bleu.
La vente de 25% du capital de Swisscom Mobile au britannique Vodafone pour 4,5 milliards de francs semble aussi avoir été réalisée au bon moment, avant l’effondrement en bourse du secteur. Aujourd’hui, Swisscom se retrouve avec plus de 6 milliards de francs de liquidités.
Un cercle vicieux
Au final, les grandes sociétés du monde des télécommunications se retrouvent dans un cercle vicieux. Elles comptent sur le GPRS et l’UMTS pour relancer la machine mais, ni les opérateurs, ni les équipementiers n’ont les moyens financiers pour poursuivre les développements.
La demande pour des services de télécommunications existe, tôt où tard les réseaux seront opérationnels. Mais, aujourd’hui, l’important, c’est de survivre. Ensuite, il faudra définir quels contenus sont vraiment désirés par les utilisateurs et quels prix ils sont prêts à payer pour les obtenir.
Luigino Canal
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