Des pilotes afghans formés par Air France via une société suisse?
Les attentats du 11 septembre dernier aux Etats-Unis vont-ils bousculer les choses? Y compris chez Air France. Deux avocats s'interrogent sur certains agissements de la compagnie où se mêleraient la vente de Boeing à Ariana Afghan Airlines, la formation de pilotes, sous le couvert d'une société basée à Genève.
L’avocat suisse Eric-Alain Bieri et son collègue parisien Jean-Paul Baduel de l’Association Collectif UTA ont porté plainte, il y a quelques mois à Lausanne.
Ils reprochent à Air France de ne pas avoir versé les droits de survol de la Sibérie à l’Aeroflot, mais à Forus, une société basée à Lausanne et créée par Boris Berezovski.
Jeudi matin à Paris, le Collectif UTA – qui regroupe des actionnaires minoritaires d’Air France – a affirmé qu’Air France avait vendu pour 12,6 millions de dollars trois Boeing 727 à Ariana Afghan Airlines en 1992.
«L’ambassade des Etats-Unis à Paris a demandé la liste des pilotes afghans qui ont été formés sur ces avions», commente Jean-Paul Baduel. A priori, il n’y a rien de répréhensible à vendre des appareils à une autre compagnie aérienne.
Un siège à Genève
Seulement voilà, Air France est passée par la Société d’études et de réalisations de développement industriel aéronautique et agricole, ADIA, qui disposerait d’un siège à Genève. Les honoraires, frais de voyages et les analyses économiques ont été facturés 474 400 dollars le 2 juillet 1992.
L’opération passe par une autre société également domiciliée en Suisse, Amu Darya Development & Trade, à Nyon. Apparemment, ce serait une spécialité d’Air France de compliquer les choses.
Pour vendre quatre Boeing à l’Iran en 1994, la compagnie française a loué les services de deux sociétés, l’une au Luxembourg, l’autre au Liechtenstein.
Le Collectif UTA souligne que la justice française, saisie depuis 1997 sur ces ventes d’avions à l’Afghanistan et à l’Iran, n’a jamais interrogé personne, ni envoyé de commissions rogatoires.
Les attentats du 11 septembre vont-ils bousculer les choses? Selon Jean-Paul Baduel, Air France aurait formé en France des pilotes afghans, mais leurs noms n’apparaîtraient nulle part. Une société suisse servirait-elle de paravent?
Ian Hamel, Paris
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