Des voix suisses s’élèvent contre l’OMC
Développement contre libéralisation. A la Conférence de l'OMC à Doha, certains voudraient voir la Suisse défendre les intérêts des pays les plus pauvres.
Du 9 au 13 novembre, la quatrième Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) se tient à Doha, au Qatar. La délégation suisse s’y rend munie d’un mandat de négociation préparé par le Secrétariat d’Etat à l’économie (seco), qui doit être formellement arrêté mercredi par le Conseil fédéral.
Selon les termes même du seco, la Suisse s’efforce de travailler au sein de l’OMC pour «un système multilatéral ouvert, serrant au plus près les réalités économiques telles qu’elles se dessinent».
Officiellement, les délégués helvétiques vont s’engager pour la chute des obstacles tarifaires et non tarifaires au commerce, mais également pour plus de transparence et pour une meilleure intégration des pays les plus pauvres.
Pour un cycle de développement
Aux côtés de ces objectifs généraux figure également le souci de tenir compte des impératifs de protection de l’environnement lors de l’examen des réformes de l’agriculture. Sans oublier la protection des indications géographiques, autre thème cher aux stratèges de la politique agricole helvétique.
Ce mandat, somme toute relativement classique, la Coordination Suisse-OMC (CS-OMC) n’en veut pas. Pour elle, au lieu d’un «nouveau cycle de libéralisation». la Suisse devrait s’engager en faveur d’un «cycle de développement».
Lundi, la CS-OMC, qui réunit les œuvres d’entraide, les syndicats, les associations de paysans, des consommateurs et de défense de l’environnement, a dénoncé devant la presse les traités actuels de l’OMC, qui selon elle, portent «systématiquement» préjudice aux pays pauvres.
«Aujourd’hui, plus personne ne conteste que les règles de l’OMC défavorisent les pays en développement», constatent les œuvres d’entraide. Pour elles, il est donc urgent «d’en appeler à des concessions unilatérales et sans contrepartie de la part des pays industrialisés».
Médicaments pour tous
A titre d’exemple, la CS-OMC cite l’accord sur la protection des brevets et ses conséquences sur l’accès aux médicaments. A Doha, les pays pauvres demanderont que l’on fasse passer les impératifs de santé publique avant la protection stricte des brevets.
Or, selon Marianne Hochuli, de la Déclaration de Berne, la Suisse dans ce domaine défend d’abord les intérêts de son industrie pharmaceutique, ce qui va par ailleurs à l’encontre des objectifs de sa politique d’aide au développement.
Dans le domaine agricole – autre exemple – Heidi Bravo a réaffirmé, au nom de l’Union suisse des paysans, que malgré les déclarations de bonnes intentions, l’ouverture des marchés «favorisera avant tout l’agrobusiness et non pas les petits paysans».
Pratiques cavalières
La CS-OMC ne ménage pas non plus ses critiques en matière de démocratie et de transparence. Au nom des œuvres d’entraide, Bastienne Joerchel-Anhorn a évoqué les pressions exercées sur les pays en développement pour leur faire accepter un nouveau cycle de libéralisations.
Dans le collimateur également, la pratique des séances informelles (ou «green rooms»), où les puissants se réunissent entre eux pour faire avancer le consensus, en excluant presque systématiquement les représentants des pays les plus pauvres, qui constituent pourtant la majorité des membres de l’OMC.
Afin de donner plus de poids à ses revendications, la CS-OMC soutiendra la manifestation nationale convoquée le 10 novembre à Genève, dont le slogan principal sera «le monde n’est pas une marchandise».
Marc-André Miserez
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