En France, le SAirGroup est contraint de se «hâter lentement»
Devant la série de difficultés financières et techniques que connaissent ses filiales aériennes françaises, le SAirGroup est sur le point de changer de stratégie. A la fusion accélérée pourrait donc se substituer un rapprochement par étapes.
Riche en potentialités commerciales, le marché aérien français ne pourra sans doute pas être pris d’assaut par le SAirGroup au pas de charge, comme l’espéraient encore au printemps les dirigeants du groupe suisse.
Face aux difficultés techniques répétées de sa filiale AOM, spécialisée dans les vols charters vers les destinations exotiques, le PDG de la maison mère de Swissair Philippe Bruggisser semble avoir compris que son entreprise aurait beaucoup à perdre en cas de fusion immédiate entre AOM, Air Littoral et Air Liberté.
Chacune de ces petites compagnies françaises tient en effet à garder son identité propre. Et tout rapprochement hâtif déclencherait sûrement les foudres des autorités hexagonales, qui ont depuis quelques semaines la compagnie charter dans leur collimateur.
Sermonnée le 11 août par la direction de l’aviation civile française pour une série de pannes survenues durant l’été, AOM est actuellement sous la haute surveillance des pouvoirs publics et commence à souffrir d’une image négative auprès des professionnels du tourisme.
Deux écueils jugés «importants» sur la route d’une fusion à trois: «AOM doit d’abord résoudre ses problèmes et nous verrons ensuite comment mieux fonctionner ensemble» expliquait samedi un cadre d’Air Liberté à la sortie d’une réunion syndicale. «Nous avons un devoir de solidarité vis-à-vis de son personnel, mais pas vis-à-vis de sa direction…»
Pour le personnel des trois filiales françaises du SAirGroup, réuni au sein d’une intersyndicale, l’objectif est donc clair: obtenir d’abord des garanties solides de Zurich sur l’avenir de chacune des compagnies, avant d’accepter un rapprochement synonyme à coup sûr, de pertes d’emplois à terme. Un message que Philippe Bruggisser a reçu 5 sur 5.
Déjà sur la défensive après la publication, mi-août, des résultats financiers en baisse de sa holding plombée par ses investissements en Belgique (prise de contrôle de Sabena) et en Allemagne (prise de contrôle de LTU), le PDG du SAirGroup aurait confié ces jours-ci à ses collaborateurs en poste en France qu’il fallait agir avec «précaution».
Une prudence assortie de promesses sur une réorganisation prochaine de l’organigramme des trois compagnies. Laquelle pourrait amener l’ex-PDG très controversé d’AOM Alexandre Couvelaire à quitter son poste de président du conseil de surveillance du tandem AOM-Air Liberté.
Les syndicats ont bien accueilli la nouvelle et ont confirmé samedi qu’ils renonçaient à la grève prévue pour dimanche 27 août. En promettant toutefois de remettre très vite la pression sur le SAirGroup, après cette ultime «trêve estivale».
Richard Werly, Paris
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