Kaspar Villiger s’en prend aux clichés sur la Suisse
Face aux convoitises étrangères, le ministre défend âprement la place financière helvétique. En faisant preuve d'un esprit d'ouverture.
Kaspar Villiger annonce la couleur. «En 1986, les banquiers et les patrons suisses sillonnaient la planète pour leurs affaires pendant la semaine et, le dimanche, ils votaient contre une adhésion à l’ONU. C’est cette image qu’il faut changer aujourd’hui», a souligné le conseiller fédéral lors d’une conférence à Genève.
Le ministre des Finances ne veut plus que «dans les films, les comptes secrets des méchants se trouvent toujours dans une banque à Genève ou Zurich». Derrière ce qui semble être une simple campagne marketing se cache en fait la défense, et la survie, de la place financière helvétique.
Des coffres suisses plein d’argent sale
De nombreux pays utilisent le cliché du coffre suisse plein d’argent sale pour montrer du doigt le secret bancaire, un des importants avantages compétitifs du pays. «La pression internationale exercée sur la Suisse va perdurer et des négociations difficiles nous attendent avec l’Union européenne et l’OCDE», prévient Kaspar Villiger.
Après la débâcle de Swissair et le transfert du World Economic Forum de Davos à New York, la place financière, et notamment le secteur de la gestion de fortune, apparaît aujourd’hui comme l’une des dernières spécificités qui font la force de la Suisse. Le monde de la finance couvre plus de 10% du PIB de la Suisse et représente 6% de ses emplois.
Or, «2001 entrera dans l’histoire comme «annus horribilis» et les perspectives pour 2002 sont réservées», estime Jacques Rossier, président de la Fondation Genève Place Financière qui a invité le Conseiller fédéral à s’exprimer devant un parterre de plus de 150 personnes.
Pas d’échange d’informations fiscales
La Suisse est disposée à mettre en place un système plus efficace de lutte contre la fraude douanière, la contrebande ou la corruption, et à lever le secret bancaire pour ces infractions. En revanche, Kaspar Villiger a répété qu’il rejetait catégoriquement l’idée d’échanger des informations fiscales avec les pays européens, et donc de remettre en question la discrétion des comptes bancaires.
Le conseiller fédéral est conscient qu’il s’agira «d’effectuer à l’étranger un travail d’information et de persuasion de longue haleine». Un groupe de réflexion va d’ailleurs s’attacher à garantir la cohérence de la politique suisse face à sa place financière.
Luigino Canal, Genève
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