Les camionneurs ne sont pas des tueurs
Mis en cause au Gothard, les camions sont impliqués dans moins de 3 % des accidents de la route en Suisse. Mais les dégâts que ces accidents-là causent sont souvent lourds.
24 mars 1999, un camion prend feu dans le tunnel du Mont-Blanc. La catastrophe fait 39 morts. 24 octobre 2001, deux poids lourds entrent en collision frontale, cette fois dans le tunnel du Gothard. L’accident fait de nombreuses victimes.
«Pour autant, lance Jean-Marc Thévenaz, chef du département de la sécurité routière au TCS, il ne faut pas conclure hâtivement que le transport routier est globalement plus dangereux que le trafic des véhicules de tourisme.»
La preuve par les chiffres
Une affirmation confirmée par les chiffres de l’Office fédéral de la statistique. Ainsi, l’an dernier, seuls 3 396 poids lourds – contre 92 443 voitures de tourisme – ont été impliqués dans des accidents.
Les statistiques démontrent également que les incidents impliquant des poids lourds sont en net recul. Et qu’ils sont passé de 4138 en 1980 à 3396 l’an dernier.
Cela dit, les chiffres ne permettent pas de mesurer la gravité de ce genre d’accident. Et c’est bien là que le bât blesse. «Les composants, la taille d’un poids lourd et surtout la cargaison qu’ils transporte peuvent transformer les collisions les plus bénines en de véritables catastrophes», souligne Jean-Marc Thévenaz.
Un incendie exceptionnel
Ce fut le cas au tunnel du Mont-Blanc. Où le camion qui fut à l’origine du drame ne transportait que de la farine et de la margarine. Autrement dit, aucune matière réputée dangereuse. Pourtant, l’huile enflammée et les matériaux combustibles qui composaient le semi-remorque frigorifique ont provoqué un incendie tout à fait exceptionnel.
«Dans un tunnel, la plus petite flamme peut entraîner une situation inextricable, rappelle Jean-Marc Thévenaz. La hausse particulièrement rapide des températures et l’intensité de la fumée peuvent transformer le boyau en une véritable souricière.»
Un constat vérifié dans le drame du tunnel du Gothard.
A en croire les études de l’Association transport et environnement (ATE), les camions présentent six fois plus de risque d’incendie que les voitures de tourisme. Notamment dans les tunnels. «Les moteurs des poids lourds subissent une surchauffe durant leur montée vers les tunnels alpins, affirme Emmanuelle Robert, porte-parole de l’ATE. Une situation qui décuple le danger d’incendie dans les boyaux.»
Des mesures d’urgences
Pour l’Association transport et environnement, la place des marchandises est sur le rail. Et, en attendant l’entrée en fonction des NLFA, elle réclame des mesures d’urgence visant à mieux protéger les poids lourds contre les risques d’incendie.
«Nous demandons notamment que tous les camions soient obligatoirement équipés d’extincteurs capables de réagir spontanément en cas d’incendie. Des systèmes existent déjà, précise Emmanuelle Robert. Ils sont placés dans les moteurs et se déclenchent automatiquement, même si le chauffeur ne contrôle plus la situation.»
Pour l’heure, cette obligation n’est pas à l’ordre du jour. Toutefois, après les drames qui ont touché les divers tunnels européens, les autorités et les milieux concernés ne cessent d’évoquer la nécessité d’améliorer la sécurité. Des déclarations d’intention qui laissent Jean-Marc Thévenaz quelque peu perplexe.
« Le transport routier des matières dangereuses est interdit dans les tunnels, rappelle le responsable du secteur sécurité routière du TCS. Les dimensions des poids lourds sont limitées. Les temps de conduites des chauffeurs sont électroniquement contrôlés.. Il me semble donc difficile d’envisager de nouvelles restrictions sans réduction du trafic. A moins que l’on ne se décide pour le percement d’une seconde galerie».
Vanda Janka
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