Les voyagistes romands restent sur leurs gardes
Pour regagner la confiance des professionnels du voyage, la nouvelle Crossair devra réparer les erreurs de Swissair. En passant à la caisse.
«Avant de savoir si nous allons, oui ou non, miser sur la nouvelle compagnie nationale, nous devons connaître ses intentions à l’égard de tous les passagers lésés», souligne Urs Stohler.
Et le directeur de Stohl-Air voyages de préciser: «Crossair a beau dire qu’elle reprendra une partie des billets après le 28 octobre, pour l’heure, il n’y a rien de concret. Quant à ceux qui ont déjà perdu leur titre de transport, ils n’ont reçu aucune proposition de dédommagement.»
Une profession en colère
Depuis l’annonce de la faillite de Swissair, les professionnels du voyage romands ne décolèrent pas. C’est le cas d’Urs Stholer: «les clients ont perdu confiance et toute la banche du tourisme en subit les conséquences. Si la nouvelle compagnie veut repartir sur des bases saines, elle doit d’abord réparer les dégâts». Notamment en passant à la caisse.
La phrase est lâchée: «Nous n’avons pas besoin d’une compagnie nationale qui nous laisse dans le pétrin comme la précédente.» Le pétrin, sous une autre forme, les voyagistes romands l’avait déjà expérimenté lorsque Swissair avait décidé de supprimer ses long-courriers au départ de Genève.
«Aujourd’hui, la clientèle romande sait qu’elle ne peut plus bénéficier d’un long-courrier en vol direct», rappelle Aline Cherf, responsable du secteur ‘Produits’ pour l’agence de voyage en ligne Ebookers.com.
Cette clientèle se trouve finalement confrontée à un choix plus large. «Entre un vol au départ de Zurich ou au départ d’un autre aéroport européen, elle opte généralement pour le vol le plus avantageux», affirme Aline Cherf.
Forte présence des compagnies étrangères
En d’autres termes, depuis que Swissair a abandonné la Romandie, la clientèle autant que les voyagistes ont avantageusement collaboré avec des compagnies étrangères. «Et, renchérit Urs Stholer, on ne peut pas dire que l’aéroport de Cointrin ou les professions du voyage s’en portent plus mal.»
Bien au contraire. Les agences et les tour-opérateurs romands n’ont pas perdu leur clientèle. Mieux. Ils ont tissé un réseau qui leur a permis d’étoffer leur offre tout en échappant au monopole de la compagnie nationale.
Amélioration des commissions
En effet, depuis plusieurs années déjà, Swissair et son réseau de distribution, étaient engagés dans un conflit d’intérêt. La compagne nationale avait abaissé le commissionnement pour la vente de ses billets de 9% à 7% et elle envisageait de revoir sa copie à la baisse dès le début de l’année prochain.
Une annonce qui a provoqué l’ire des agents de voyage. Au point qu’ils ont choisi de collaborer plus activement encore avec des compagnies aériennes qui leur offraient de meilleures conditions.
Aujourd’hui, les professionnels le disent haut et fort: si elle veut retrouver le soutien des réseaux de distribution suisses et romands en particulier, la future compagnie nationale a intérêt à revoir sa politique de rétribution.
Et ceci d’autant que, d’ici l’envol effectif de la nouvelle Crossair, les compagnies étrangères n’auront pas manqué d’intensifier leur présence en Suisse.
Vanda Janka
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