Pieter Bouw, la perle rare pour Crossair?
L'ex-patron de KLM devrait prendre la tête du conseil d'administration de la nouvelle compagnie. Bine que très consensuel, va-t-il pouvoir relever le défi?
Exit Moritz Suter. Le fondateur et président de Crossair a été tout simplement écarté de la liste des futurs administrateurs de la nouvelle compagnie aérienne, publiée mercredi par l’administration fédérale. A sa place, celle du président du conseil d’administration, devrait s’asseoir un Néerlandais de 60 ans: Pieter Bouw.
A l’époque du projet Alcazar
Patron de KLM de 1991 à 1997, l’homme est un inconnu, en Suisse. Enfin, pas tout à fait. Car c’est lui qui dirigeait la compagnie aérienne néerlandaise à l’époque du projet Alcazar, cette tentative ratée de regrouper les forces de Swissair, KLM, SAS et Austrian Airlines.
«Il présente le profil idéal», assure le Département fédéral des finances (DFF). Ce qui est sûr, c’est que Pieter Bouw a acquis, en trente ans de carrière chez KLM, une solide expérience de l’aviation commerciale: «gestion du trafic des court- et long-courriers, transport international de fret et direction d’une plaque-tournante aéroportuaire», énumère le DFF.
«Ce fut l’homme du redressement de KLM, de l’alliance avec Northwest Airlines, renchérit Pierre Condom, directeur de la revue Interavia. Avant de partir, il avait mis en place, et fait approuver par la direction, un plan de restructuration très important, qui a porté ses fruits quelques années plus tard.»
Bouw n’est pourtant pas Superman
«Ce n’est pas un «top shot», un manager de premier rang», note Sepp Moser. Le journaliste, spécialiste du domaine aérien, relève notamment l’échec de la candidature du Néerlandais au poste de directeur général de l’IATA, l’association des compagnies aériennes. «Il est parti involontairement de KLM, ajoute encore Sepp Moser. En fait il a été viré».
Une version nuancée par Jennetje Koelewijn, journaliste au quotidien néerlandais NCR Handelsblad: «Il a pris la décision lui-même, mais le conseil d’administration lui a forcé la main». Motif de ce départ contraint: l’incapacité de Pieter Bouw à trouver un partenaire prêt à une fusion avec KLM. «Mais aussi parce qu’il était trop faible», ajoute Jennetje Koelewijn.
C’est l’image d’un intellectuel, très aimable et ouvert qui se dessine. «Il n’est pas du genre à taper du poing sur la table. Il sait par contre trouver des consensus, explique la journaliste du NCR Handelsblad. C’est typique: au Pays-Bas, nous adorons le consensus.»
Dans un climat politique tendu
Voilà au moins un aspect qui, en Suisse, ne devrait pas dépayser Pieter Bouw. Et il aura besoin de cet atout pour relever le défi qui l’attend: fusionner deux entreprises, qui furent parfois rivales, dans un climat politique tendu et face à une conjoncture catastrophique pour le transport aérien.
Autre avantage possible du manager Néerlandais: être un outsider. «Il pourra probablement faire passer des solutions qui n’auraient probablement pas été acceptée en étant proposées soit par Moritz Suter, soit par quelqu’un de chez Swissair», remarque Pierre Condom.
Reste que derrière la personnalité aimable de Pieter Bouw se cache le patron de la nouvelle Crossair: Rainer Gut, président de Nestlé, mais qui dirige aussi le groupe de pilotage chargé de choisir les nouveaux administrateurs. C’est en tout cas la conviction de Sepp Moser. «M. Gut a d’ailleurs un représentant, quelqu’un de Swiss Re, dans le nouveau conseil d’administration.»
Un conseil dont devraient également faire partie, notamment l’industriel André Kudelski et Peter Siegenthaler, chef de l’Administration fédérale des Finances. Mais tous – Pieter Bouw aussi – doivent encore être élus, début décembre, par l’assemblée générale des actionnaires.
Pierre Gobet, Zurich
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