Stratégie de survie pour les banques privées suisses en Asie
Les effets de la récession sont tangibles. Au point que les banques privées suisses en Asie sont forcées d'adopter une «stratégie de survie». Et ce d'autant plus que les attentats terroristes aux Etats-Unis ont rendu inactive leur clientèle la plus fortunée.
L’Asie recense 23,4% de tous les individus les plus riches de la planète. Ces dernières années, les banques privées suisses ont dépensé, sans compter ou presque, pour leur offrir les meilleurs services. D’autant que la concurrence a redoublé d’intensité entre les plus grands groupes financiers du monde pour attirer cette clientèle rare.
Des études publiées par deux sociétés de conseils laissent entendre que les banques privées suisses ont peut-être investi excessivement dans la région. Sans prendre assez en compte la récession qui s’y est installée. Et que les attentats contre les Etats-Unis risquent de rendre plus profonde et durable.
Augmentation démesurée des coûts
«Ces dix dernières années, les banques privées suisses ont connu une expansion considérable. Elles ont aussi laissé leurs coûts augmenter de façon démesurée. Ils sont, sans doute, aujourd’hui, 30% trop élevés, en particulier dans leurs services administratifs ou back office», estime Christian de Juniac, un responsable du département banque privée du Boston Consulting Group à Sydney et coauteur d’un rapport sur la gestion de fortune.
Les banques privées suisses ne sont pas les seules à tenter de capter une partie des 250 à 350 milliards de dollars de fortune privée recensés en Asie. Les grands groupes américains comme Citigroup Private Banking sont aussi présents en force. Et leurs coûts sont inférieurs à ceux des banques privées suisses.
Ces douze à dix-huit prochains mois seront critiques pour celles d’entre elles qui ont eu les yeux plus gros que le ventre. La réduction de leurs coûts, selon un autre consultant Maslinski-Lawrence à Londres, est devenue inévitable. Et a sans doute déjà commencé pour certaines d’entre elles. Même si elles n’osent pas l’avouer.
Plus attentives envers leurs clients
Rien que l’an dernier, la fortune totale des individus les plus riches d’Asie a diminué de 9% selon une enquête de Merrill Lynch et de Cap Gemini Ernst & Young. Toutefois, Nicolas Pictet, un partenaire de la banque privée genevoise en charge de l’Asie, se refuse à céder à la panique.
Dans des marchés difficiles, la pire des choses que les banques privées peuvent faire est de réduire leurs coûts. «Elles doivent, au contraire, se montrer plus attentives envers leurs clients, pas moins. Plus que jamais nos clients ont besoin de nous pour évaluer leur stratégie», confie-t-il à l’Asian Wall Street Journal.
Seules pourtant, les banques privées qui auront «la masse critique suffisante» sortiront indemnes de la récession qui frappe l’ensemble de la planète. Sans un nombre de clients suffisants et actifs, les coûts en Asie deviennent très vite prohibitifs. C’est du moins le constat du Boston Consulting Group.
Georges Baumgartner, Tokyo
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