Victime de transporteurs malhonnêtes
N'étant pas membre de l'UE, la Suisse ne peut pas obliger ses voisins à appliquer les règles minimales sur la sécurité des transports routiers.
Le camion belge, responsable de l’accident du Gothard, a enfreint plusieurs lois. La société ne possédait pas de licence de transport. Et le chauffeur turc, qui n’avait qu’un visa touristique de trois mois pour la Belgique, était employé illégalement.
Face à une telle négligence, on reste perplexe. Une grande partie du trafic européen de marchandises traverse les tunnels suisses. La Suisse possède, en effet, quatre des principaux points de passage à travers les Alpes, – à savoir le Grand St-Bernard, le Simplon, St-Gothard et le San Bernardino. Est-on condamné à subir les conséquences des politiques irresponsables de certaines entreprises européennes?
Corriger une image négative
L’Union Internationale des Transports Routiers (IRU), dont le siège est à Genève, veut corriger l’image négative donnée par cet accident: «la grande majorité des personnes engagées dans le transport routier sont d’honnêtes professionnels», affirme Martin Marmy, secrétaire général.
Mais, ajoute Martin Marmy, «nos efforts sont régulièrement contrecarrés par une minorité d’entreprises de transports désespérées aux ressources insuffisantes qui n’hésitent pas à employer une main-d’œuvre illégale».
Une législation suffisante
Pour l’IRU, la législation existante en ce qui concerne les temps de conduite et de repos est suffisante. A condition qu’elle soit scrupuleusement appliquée. Et c’est là où le bât blesse. Car les pratiques varient d’un pays à l’autre.
«La Suisse ne peut pas contrôler chaque camion, explique Guy Willis, porte-parole de l’IRU, mais elle peut améliorer ses contrôles». En effet, le niveau des contrôles effectués en Suisse est qualifié, par l’IRU, de «moyen». Le champion, en la matière, étant l’Allemagne.
Par ailleurs, la Suisse n’est pas membre de l’Union européenne. Elle n’est donc pas présente dans les lieux de discussion et de décision, comme le Conseil ou le Parlement européen. Et elle n’a pas son mot à dire sur les directives relatives à la sécurité dans les tunnels ou sur le temps de travail des chauffeurs routiers.
Berne pratique également une politique avant-gardiste en matière de ferroutage. Mais elle ne peut pas imposer à ses voisins d’en faire de même. Or, c’est un dossier sur lequel les Quinze sont divisés.
Barbara Speziali, Bruxelles
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