«Vous êtes victimes d’une bande d’escrocs»
Après deux jours de chaos, Swissair a finalement décollé jeudi. Ce qui n'a pas empêché la manifestation nationale. Jeudi après-midi, quelque 7000 personnes ont convergé vers la Place fédérale à Berne pour vouer les banquiers aux gémonies.
«Vous avez connu dix ans de pression sur les salaires, dix ans où l’on vous expliquait comment produire plus pour moins cher, dix ans où des consultants incapables venaient vous dicter leur loi, et tout ça pour quel résultat?»
Ovationné, comme tous les orateurs du jour, le conseiller national socialiste Pierre-Yves Maillard n’a rien cédé en virulence à son collègue vert Patrice Mugny. Pour ce dernier, les employés de Swissair sont aujourd’hui «victimes d’une bande d’escrocs». Et le plus grave, c’est que «la majorité du Parlement soutient ces gens-là».
Tous contre les banques
L’ennemi du jour, ce sont les banques. Un coup d’œil sur les pancartes et les calicots suffit à s’en convaincre: «UBSair – compagnie des gangsters» ou encore «UBS = pirates».
Le ton est donné. Plus loin, on peut lire: «Plus de Corti, moins d’Ospel», «M. Corti, nous sommes derrière vous», ou plus prosaïquement «Nous aimerions juste travailler aujourd’hui».
Pilotes, hôtesses, stewards ou «rampants» en uniforme se mélangent dans cette foule où domine le rouge et le blanc. Ce sont les couleurs de la compagnie, mais également celles du syndicat des services publics (SSP/VPOD), co-organisateur de la manifestation avec les syndicats des pilotes, du personnel de cabine et du personnel au sol.
Et les orateurs ne se privent pas de faire longuement huer par la foule les noms de Mühlemann (patron du Credit Suisse Group) et d’Ospel (patron de l’UBS).
A la tribune, une employée genevoise ajoute à la liste le nom du banquier Hentsch, vice-président du groupe, qui «a eu le culot de dire qu’il ne voyait pas pourquoi il devrait renflouer Swissair, alors qu’il exige le service VIP lorsqu’il voyage sur la compagnie».
Qui gouverne dans ce pays?
Pour la conseillère aux Etats socialiste Christiane Brunner, «cette affaire montre qu’en Suisse, les banques ont plus de pouvoir que le Palais». Des banques qui «se foutent de la Suisse, de son image, de son économie et de tout ce qui ne sert pas directement leurs intérêts».
Certes, grâce à l’apport d’argent frais des banques et du Conseil fédéral, une partie de la flotte a quand même pu décoller jeudi. Mais la nouvelle ne freine en rien l’ardeur des manifestants. Pour eux, c’est des solutions à long terme dont a besoin le groupe.
L’appel aux autorités, au moment même où le Parlement entame une séance «spécial Swissair», est très clair. «Il est scandaleux de laisser les banques gouverner ce pays», martèle Christiane Brunner, alors que nombre d’orateurs demandent que le Conseil fédéral prenne les choses en mains et ouvre lui-même une enquête contre les responsables de la débâcle.
Pas d’incidents
Après les 10 000 personnes réunies mercredi à Zurich, cette mobilisation de 7000 manifestants à Berne ne peut que réjouir les syndicats. «Il y a une semaine, confie une militante, un pareil rassemblement n’aurait simplement pas été envisageable parce que le personnel de Swissair avait une confiance énorme en son entreprise, et surtout en son patron Mario Corti.»
Malgré la violence des paroles lancées à la tribune, la manifestation se déroule sans le moindre incident. Les quelques policiers placés en faction devant la succursale UBS de la Bärenplatz voisine – qui avait eu soin de fermer ses stores – n’auront rien eu d’autre à faire que le piquet.
Quant aux badauds, leur sympathie pour les manifestants est visible. Ils ne manquent d’ailleurs pas de se joindre à eux pour applaudir les orateurs.
Marc-André Miserez
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