La Suisse gère le cimetière protestant d’Istanbul
Depuis le 1er janvier, la Suisse est mandatée par les pays européens pour gérer pendant deux ans le cimetière protestant d'Istanbul. Ce cimetière témoigne du rôle qu'ont joué les étrangers - dont quelques Suisses - dans l'histoire
L’une des artères les plus empruntées de l’ancienne capitale de l’empire ottoman longe le cimetière protestant de Feriköy mais rares sont les Turcs qui en connaissent l’existence. «En 1991, le cimetière était presque à l’abandon, raconte Monsieur Eicher, un Suisse résidant en Turquie. Les mauvaises herbes poussaient partout, certaines tombes avaient été saccagées».
Grâce au legs d’une riche Américaine, décédée il y a six ans, le parc est désormais nettoyé et la petite chapelle rénovée. Un gardien loge sur place avec trois chiens pour le protéger. Et puisque la municipalité islamiste d’Istanbul refuse de prendre en charge ce cimetière chrétien, une dizaine de consulats européens s’en partagent, à tour de rôle, la responsabilité.
Cette année, c’est au Consul général de Suisse à Istanbul de vendre les caveaux, mille dollars par défunt, et de tenir le registre des enterrements. Lesquels sont rares désormais: il n’y a guère plus de Turcs protestants et les étrangers qui meurent ici sont rapatriés par avion dans leur pays.
En revanche, d’anciennes pierres tombales du XIXe siècle témoignent de la présence alors très active des missionnaires américains, ainsi que des ravages de la peste et du choléra qui ont décimé des familles entières. Chaque nationalité a son carré.
Chez les Allemands: beaucoup d’officiers qui ont servi dans l’armée ottomane. En guise d’épitaphe, le titre de «Pacha» que le Sultan leur avait accordé. Deux cents Suisses environ reposent également dans cette enclave chrétienne en terre musulmane.
Ainsi Alfred Rochat, «né à Genève, décédé à Constantinople» en 1874. Louis Rambert de Lausanne, «administrateur de la régie des Tabacs et de plusieurs sociétés ottomanes», est quant à lui décédé dans le quartier de Péra, six avant la proclamation de la République turque. A l’époque, la Société suisse Sulzer équipait l’empire d’automotrices et fournissait le chauffeur avec la machine. L’un de ces mécaniciens-aventuriers était venu de Zürich. Il se nommait Heinrich Weidmann. Il est mort à l’âge de 41 ans. La Sublime Porte fut son dernier voyage.
Ariane Bonzon, Istanbul
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