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Sœur Janine, chef d’entreprise en Turquie

C'est la première fois qu'une religieuse suisse dirige l'Hôpital psychiatrique de la Paix, fondé il y a 150 ans par les Soeurs de Saint Vincent de Paul. Originaire du Valais, Janine Arnold a dû apprendre à gérer une véritable entreprise aujourd'hui confrontée à la sévère crise financière que vit la Turquie.

A Istanbul, Sœur Janine garde toujours une Bible sous la main, ce qui ne surprendra personne, et un Code civil suisse, ce qui est plus étonnant. «Voilà 75 ans que la vie privée des Turcs est régie par nos lois! explique cette religieuse d’origine valaisane.

Les fondateurs de la République turque voulaient ancrer la Turquie à l’Ouest: alors ils ont adopté le code civil suisse. Lorsque je dois me référer à la législation turque pour l’un ou l’autre de nos employés, et bien je m’y sens tout à fait à l’aise. Oui, vraiment, le Code civil suisse m’a sauvée!» conclut malicieusement la directrice de l’Hôpital de la Paix.

L’établissement est situé dans le quartier de Sisli, au cœur de la mégapole d’Istanbul. Il a été fondé à la fin de la Guerre de Crimée sur des terres données par le Sultan Abdülmecid Ier aux Sœurs de Saint Vincent de Paul. Presque 150 ans plus tard, l’Hôpital de la Paix emploie une centaine de collaborateurs turcs et fonctionne avec un budget de deux trillions de livres turques, autrement dit près de six millions de francs suisses.

Sous la houlette de Sœur Janine, quatorze Sœurs y travaillent également, représentant à elles seules neuf nationalités! Une variété que l’on retrouve dans le service de gériatrie. Chacun des patients est un roman à lui seul. Beaucoup de Grecs et d’Arméniens parmi ces personnes âgées, dernières représentantes des communautés chrétiennes d’Orient, aujourd’hui en voie de disparition.

Et Sœur Janine met un point d’honneur à trouver une place aux plus démunis d’entre eux. «Comment voulez-vous que ceux qui touchent à peine 100 francs de retraite puissent s’en sortir? En Turquie, l’AVS ne représente pas grand-chose. Et la caisse de compensation n’existe pas!», explique la religieuse, qui compte plus sur les dons que sur l’aide de l’Etat turc, aujourd’hui en pleine déroute financière.

«Le gouvernement vient de procéder à une dévaluation de 30%. Par conséquent, le mois dernier, je n’ai pu payer que la moitié de leurs salaires à mes employés turcs. Et bien, aucun d’entre eux, même les plus syndiqués, n’a protesté!» raconte Sœur Janine. «Je n’aurais jamais cru qu’entrer chez les Sœurs de Saint Vincent de Paul, me conduirait à devenir chef d’entreprise à Istanbul», confie encore la religieuse en remettant son voile en place.

Ariane Bonzon à Istanbul

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