Initiative des 12%: une «arnaque», selon la gauche et les syndicats
Le comité unitaire vaudois "Non à l'initiative 12%" a lancé sa campagne mercredi. Il dénonce une baisse d'impôts "inégalitaire et dangereuse" pour les prestations publiques. Il appelle la population à rejeter cette initiative dans les urnes le 27 septembre prochain.
(Keystone-ATS) Le texte des milieux patronaux et économiques, intitulé «Baisse d’impôts pour tous: redonner du pouvoir d’achat à la classe moyenne», est présenté par ses initiants «comme une baisse d’impôts générale». «En réalité, cette arnaque est un cadeau fiscal massif de près de 300 millions de francs, capté avant tout par les très hauts revenus et les très grandes fortunes», ont résumé devant la presse les partis de gauche (PS, Vert-e-s, POP et EAG) et les syndicats.
Parmi ces opposants, le conseiller national Benoît Gaillard (PS/VD) s’est montré particulièrement virulent. «Derrière le slogan trompeur d’une baisse d’impôts pour toutes et tous, cette initiative est une opération à large échelle de redistribution démentielle de l’argent pour les plus aisés», a-t-il affirmé à Lausanne. «Le 1% des plus riches du canton bénéficierait de la moitié du résultat de cette baisse», a-t-il assuré.
«Casse du siècle»
M. Gaillard n’a pas hésité à parler de «véritable arnaque» et du «casse du siècle». «Son mécanisme est profondément injuste et inefficace: plus on gagne, plus on possède, plus on reçoit», a renchéri le député écologiste Kilian Duggan, pour qui le texte «rate sa cible sociale et politique». La présidente du PS Vaud, Oriane Sarrasin a, elle, critiqué une initiative «populiste».
Les chiffres sont sans appel, selon le comité du «Non»: sur les 100 millions de baisses de l’impôt sur la fortune, 85% iraient aux 10% les plus fortunés, tandis que 70% des Vaudoises et Vaudois «n’en verraient tout simplement pas la couleur».
«Sur l’impôt sur le revenu, le chiffre de 12% n’est pas correct, car 7% ont déjà été accordés par le Grand Conseil. Sur les 5% restants, près des trois quarts du cadeau fiscal seraient captés par le quart des contribuables les mieux payés, alors que les revenus les plus bas ne recevraient rien», argumentent les opposants au texte.
Attaque contre les services publics
Autre argument: dans le contexte financier actuel du Canton de Vaud, «dégradé et austère», priver l’Etat de près de 300 millions dès 2027 «n’a rien d’anodin»: c’est une attaque frontale contre la capacité du canton à financer les prestations publiques essentielles à la population, a dit en substance la députée de la gauche radicale Céline Misiego.
La large coalition du «Non» a également fustigé les initiants qui, selon elle, «refusent toujours de dire clairement où ils entendent couper pour financer leur cadeau fiscal». «Leur stratégie est simple: promettre une baisse d’impôts en évitant soigneusement le débat sur ses conséquences concrètes pour les services publics».
Présents aussi à la conférence de presse, plusieurs syndicats ont tenu à donner des exemples concrets. Comme celui-ci: un salarié gagnant 450’000 francs par année profiterait d’une baisse d’impôt de 5100 par an, alors qu’une famille avec deux enfants devrait, elle, se contenter de 260 francs. En résumé, selon eux: «beaucoup pour celles et ceux qui ont déjà le plus, presque rien pour les classes moyennes et populaires».