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La Révolution française sous l'œil suisse

Alain-Jacques Czouz-Tornare n'a pas hésité à se faire caricaturer en révolutionnaire.

(swissinfo.ch)

Un nouveau livre de la série «pour les nuls» se penche sur l'une des pages les plus glorieuses – et les plus sensibles – de l'Histoire de France: la Révolution. Et surprise, la rédaction a été confiée à un historien franco-suisse, Alain-Jacques Czouz-Tornare. swissinfo.ch l'a rencontré.

En France, la Révolution est une icône à manipuler avec précaution. Deux cents vingt ans après les faits, le thème est encore sujet à polémique. Par ailleurs, les livres de référence sont généralement écrits par des historiens issus du cercle très restreint du «milieu parisien».

Or surprise, c'est un historien indépendant établi en Suisse que les éditions First ont retenu pour écrire cette «Révolution française pour les nuls»: Alain-Jacques Czouz-Tornare.

swissinfo.ch: N'est-il pas étonnant que ce soit un historien suisse qui écrive un tel bouquin?

Alain-Jacques Czouz-Tornare: Pour les Français je suis français. C'est pour les Suisses que je suis suisse...

J'ai vécu en France jusqu'à l'âge de 25 ans et j'y retourne fréquemment. Je travaille par ailleurs régulièrement sur Paris. Je me considère en fait comme un parfait double-national.

swissinfo.ch: Est-ce que cette double nationalité apporte quelque chose de particulier?

A.-J. C.-T. : Cela m'a permis de part et d'autre de créer une certaine distance. Quand j'étudie l'Histoire suisse, je la vois avec un regard extérieur. Et c'est la même chose pour l'Histoire de France.

Par ailleurs, je porte en moi une part de la neutralité suisse. En France, c'est un peu «camarade, choisi ton camp». Soit on se dirige vers une historiographie de droite, soit une historiographie plutôt marxiste. Le hasard a voulu que je puisse fréquenter ces deux écoles. Mais ce ne fut possible que parce que j'étais suisse. Si j'avais été exclusivement français, je n'aurais pas véritablement eu de choix.

swissinfo.ch: Cette double appartenance vous a donc permis d'écrire un livre plus complet?

A.-J. C.-T. : Il est vrai que j'ai pu appréhender cette période de multiples manières et sous tous ses aspects. Alors que d'habitude, le problème de ces différentes chapelles historiques, c'est qu'elles occultent souvent ce qui les gêne.

Un exemple: du côté de l'historiographie marxiste, on ne dit pas que le calendrier révolutionnaire était une «arnaque» pour les ouvriers, puisqu'ils n'avaient plus droit qu'à un jour de repos que tous les dix jours plutôt que tous les sept jours selon l'ancien calendrier. On ne dit pas non plus qu'en mettant fin aux corporations, la Révolution a empêché très longtemps la création de syndicats en France. L'historiographie de gauche ne met jamais ces faits en évidence.

Quant à l'historiographie de droite, elle s'est bien gardée de dire combien ceux qui étaient au pouvoir sous l'Ancien Régime ont largement contribué, par leur attitude, à la naissance même de la Révolution. Ou encore de souligner le fait que la religion a été un facteur très important dans son déclanchement.

swissinfo.ch: Autre particularité, votre livre montre bien le rôle des Suisses pendant la Révolution.

A.-J. C.-T. : La communauté suisse de France est l'une des plus importantes communautés suisses à l'étranger. Et cela surtout sur une très longue durée. La France et la Suisse ont été des alliées depuis la paix perpétuelle de Fribourg en 1516. Les Suisses ont donc été très présents en France avec le statut de la nation la plus favorisée. Les Suisses installés en France jouissaient d'énormes avantages fiscaux et économiques.

Parmi les figures suisses de la Révolution, il y a bien sûr le banquier Necker dont on a porté la statue en effigie dans les rues de Paris la veille du 14 juillet 1789. Et si on se souvient de ce fameux 14 juillet, c'est parce que des Suisses ont défendu la Bastille. Comme je le dis toujours, on ne commémore jamais la prise des Invalides le matin, car les Invalides se sont rendus. A la Bastille, les Suisses, en tirant sur la foule, ont donné un caractère spectaculaire à la journée du 14 juillet.

De grandes individualités suisses se sont également épanouies durant la Révolution. Le premier nom qui vient à l'esprit, c'est Marat qui était né à Boudry (Neuchâtel). Son passé suisse a d'ailleurs joué un rôle important. Son hostilité envers l'idée fédéraliste et son jacobinisme viennent du souvenir qu'il avait d'une Suisse profondément divisée. Et il voyait bien qu'un fédéralisme appliqué à la France pouvait aboutir à la même impasse.

swissinfo.ch: Et même la fameuse devise «liberté – égalité – fraternité» a une origine suisse...

A.-J. C.-T. : Oui, parce que parmi les civils suisses qui ont joué un rôle important, il y a Jean-Daniel Pache. Son père était un concierge d'un ministre de Louis XV et de Louis XVI. Il était alors devenu quelqu'un de très instruit.

Après avoir séjourné en Suisse, Jean-Nicolas Pasche est revenu en France en 1790 et a vite gravi les échelons. Il a été ministre de la Guerre en 1792 – au moment le plus crucial – et on en a fait l'un des premiers maires de Paris l'année suivante. C'est lui qui a alors eu l'idée de faire apposer cette devise sur le frontons des mairies.

swissinfo.ch: Dans votre livre, vous pratiquez beaucoup l'humour et les jeux de mots. On est bien loin du ton universitaire.

A.-J. C.-T. : C'est le propre de ces ouvrages de la collection «pour les nuls». Il faut qu'ils soient d'un ton accessible, sans mots compliqués. Et légers pour ne pas effrayer le lecteur.

Cela tombe bien, parce que j'ai toujours aimé vulgariser. Je pense que pour partager avec un grand public, il faut savoir parler un langage simple.

Je pense que l'on fait passer beaucoup plus de choses avec l'humour et la caricature. Et savoir plaisanter crée une distance. Maintenant encore, la Révolution française divise profondément les esprits et je pense que de traiter les choses avec une certaine distance et légèreté permet de dédramatiser. Cela permet de parvenir à une histoire équitable.

Olivier Pauchard, swissinfo.ch

Alain-Jacques Czouz-Tornare

Double national: né en 1957 à Douai (nord de la France) d'une mère suisse et d'un père polonais. A passé toute sa jeunesse en France avant de renouer avec ses racines suisses. Il est actuellement établi à Marsens (canton de Fribourg).

Etudes: a passé sa scolarité en France. Au niveau universitaire, a notamment obtenu un doctorat auprès de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes à la Sorbonne en 1996.

Indépendant: travaille comme historien indépendant. Il a notamment donné des cours à l'Université de Fribourg et œuvré comme archiviste aux Archives de la Ville de Fribourg et au Musée franco-suisse de Rueil-Malmaison. A également participé à la rédaction du Dictionnaire historique de la Suisse.

Spécialiste: tout au long de sa carrière, Alain-Jacques Czouz-Tornare s'est plus spécialement intéressé à la période de la Révolution français et aux relations franco-suisses. On lui doit notamment des ouvrages sur le régiment de Diesbach et sur l'Acte de Médiation.

Distinctions: est notamment Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres et Chevalier dans l'Ordre des Palmes académiques.

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Pour les nuls

La série «pour les nuls» a été inventée par les éditions First aux Etats-Unis. Le nom anglais est «for dummies».

A la base, l'idée était de rendre le charabia informatique accessible au plus grand nombre.

Vu le succès de la formule, d'autres thèmes sont désormais traités. C'est ainsi que l'on trouve: «La philosophie pour les nuls», «La guitare pour les nuls», «L'astronomie pour les nuls», «Le code de la route pour les nuls» ou encore «Le sexe pour les nuls».

La formule «pour les nuls» se retrouve sous licence dans 39 pays. Il n'existe pas d'édition suisse. Les livres diffusés en Suisses proviennent de France, d'Allemagne ou d'Italie.

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