«Partir était la meilleure décision de ma vie», raconte une victime de violences conjugales
Katharina a subi un véritable calvaire conjugal pendant 19 ans: humiliations, violences psychologiques, viols. Jusqu’à sa fuite avec ses enfants dans un refuge pour femmes du canton voisin, à Winterthour (canton de Zurich), car il n’en existe aucun en Thurgovie. Des militantes se battent aujourd’hui pour changer les choses.
«La libération. Enfin partie, enfin libre.» C’est par ces mots que Katharina (prénom d’emprunt) décrit ses premiers sentiments après sa fuite du foyer conjugal, quittant par la même occasion son ex-mari et agresseur après 19 ans de vie commune. Anonymement, elle raconte à SRF avoir subi humiliations, violences psychologiques et viols. Son ex-mari contrôlait toute sa vie.
«C’était lui le chef. J’étais bonne à rien, incapable», confie-t-elle dans l’émission «Rundschau» de SRF. Il lui aurait souvent dit qu’elle était «dégoûtante». Katharina a tenté de cacher beaucoup de choses à ses deux fils. «Je ne leur ai jamais dit ce qui se passait réellement», explique-t-elle.
«Quand une femme dit non, elle veut dire oui»
«Je me suis laissé violer», raconte Katharina. Son ex-mari refusait souvent d’accepter un «non» comme réponse légitime à ses avances. «Quand une femme dit non, elle veut dire oui», lui répétait-il. Katharina savait que si elle le laissait «coucher avec elle» le samedi matin, il n’aurait pas de crise de colère pendant le week-end.
«J’ai tout fait pour que mes enfants soient en sécurité», témoigne-t-elle encore. Son ex-mari a également menacé de se suicider à plusieurs reprises, allant jusqu’à dire qu’il tuerait toute la famille. «Il m’a dit qu’il allait se procurer du poison», révèle-t-elle.
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Malgré toutes ces violences, Katharina est restée seule, isolée pendant des années. Jusqu’au matin où elle est montée dans un taxi avec ses deux fils. «On part. On va se mettre en sécurité», leur a-t-elle expliqué en quittant la Thurgovie.
Aucun refuge en Thurgovie
Destination le refuge pour femmes de Winterthour. Pour y arriver, la famille a dû franchir la frontière cantonale, car il n’y a pas de refuge pour femmes à Thurgovie, où ils habitaient auparavant.
Katharina se souvient parfaitement de sa première soirée au refuge pour femmes. «Maintenant, c’est vous qui êtes importante», lui a dit une conseillère du centre. Katharina avait presque cinquante ans à l’époque, mais elle entendait ces mots pour la première fois. «J’étais en chute libre et j’ai atterri en douceur», témoigne-t-elle.
Elle aurait cependant préféré rester à Thurgovie. «Cela aurait peut-être été moins traumatisant pour les enfants s’ils avaient pu retourner plus tôt dans leur environnement familier et dans leur classe», explique Katharina.
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Pénurie de centres d’hébergement d’urgence
La Suisse connaît une pénurie de centres d’hébergement d’urgence. Avec plus de 300’000 habitants, la Thurgovie est le plus peuplé des cantons du pays ne disposant d’aucun centre d’hébergement pour femmes. Le canton oriente les femmes et les enfants victimes de violence vers le centre d’hébergement zurichois de Winterthour.
L’an dernier, le canton de Thurgovie a traité les demandes d’hébergement d’urgence de 25 femmes et 27 enfants. Le fait que des femmes comme Katharina soient contraintes de quitter le canton suscite de nombreuses critiques.
Depuis des mois, le collectif de la Grève féministe de Thurgovie réclame un refuge pour femmes dans le canton. Le collectif a organisé des manifestations et des veillées pour faire entendre sa voix. Plus de 16’000 personnes soutiennent désormais sa pétition.
Le Grand Conseil en faveur d’un foyer cantonal
Une large alliance s’est désormais formée au Grand Conseil: le PS, les Verts, le Centre/PEV, les Vert’libéraux et le PLR se prononcent en faveur de la création d’un foyer d’accueil pour femmes en Thurgovie et demandent au gouvernement de réexaminer la situation.
Après avoir quitté le foyer pour femmes, Katharina a dû trouver un emploi et un logement pour la première fois de sa vie. Aujourd’hui, elle travaille et est divorcée. La mère de famille se réjouit d’avoir franchi le pas. «C’était la meilleure décision de ma vie: partir, tout laisser derrière moi et tout recommencer à zéro.»
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