Opposants biélorusses assassinés: procès en appel à St-Gall
Un ancien membre présumé d'une unité spéciale du régime biélorusse a comparu mardi en appel à St-Gall. Acquitté en première instance, le prévenu âgé de 48 ans est accusé d'avoir participé à l'assassinat de trois opposants du président Alexander Loukachenko en 1999.
(Keystone-ATS) Le prévenu avait déposé une demande d’asile en Suisse en 2019. Dans sa requête, il avait mentionné son rôle dans les assassinats mandatés par le régime biélorusse. Les disparitions forcées sont ancrées dans le code pénal suisse depuis 2017 sur la base d’une convention de l’ONU.
Face au Tribunal cantonal st-gallois, le Biélorusse a déclaré avoir servi dans une unité spéciale dans son pays, lorsqu’il avait 20 ans. Cet escadron a été mandaté par le pouvoir en place pour enlever et assassiner trois opposants politiques d’Alexander Loukachenko, a-t-il dit aux juges.
Crédibilité mise en cause
Pourtant, ni les autorités fédérales en matière de droit d’asile ni le tribunal de première instance n’ont cru à ce récit, a fait remarquer le président de la Cour. «Avez-vous dit la vérité durant la procédure d’enquête?», lui a-t-il demandé. «Oui», a répondu l’accusé qui est resté peu loquace, estimant avoir déjà tout dit sur les faits présumés. Il a aussi souligné n’avoir, lui-même, assassiné personne.
Selon l’avocat de deux filles d’opposants disparus, l’accusé était présent lorsque ces derniers ont reçu, sur ordre du dictateur, la visite de l’unité spéciale en question qui leur a menotté les mains dans le dos et passé un sac sur la tête. L’escadron de la mort faisait ensuite disparaître les politiciens enlevés, les exécutait et les enterrait dans le secret, a souligné cet avocat. Et d’exiger une condamnation pour mettre fin à 27 ans d’impunité.
En septembre 2023, l’accusé a été acquitté par le Tribunal de district de Rorschach (SG) en raison de déclarations contradictoires et par manque de preuves. Les juges avaient alors émis l’hypothèse que le récit de cet homme visait uniquement à obtenir l’asile.
Erreurs de traduction en 1ère instance
Les proches des opposants politiques assassinés en question ont alors fait appel de ce jugement, contrairement au Ministère public. Ce dernier avait pourtant exigé trois ans de prison dont un an ferme contre le prévenu. Le procureur a réitéré cette requête mardi en soulignant que les déclarations de l’accusé étaient crédibles.
Dans sa plaidoirie, une avocate de la défense a demandé l’acquittement du prévenu, notamment en raison de la prescription. Elle a aussi critiqué de nombreuses erreurs de traduction survenues en première instance, qui auraient porté atteinte à la crédibilité de son client et à l’équité du procès de 2023.
Une première en Suisse
Le procès en appel a été suivi par de nombreux médias internationaux et par des organisations non gouvernementales (ONG) dont Trial International, basée à Genève, qui figure parmi les plaignants. Il s’agit de la première procédure de ce type en Suisse. Elle se penche sur la disparition forcée de deux politiciens dont l’ancien ministre biélorusse de l’intérieur, Iouri Zakharenko.
Les juges cantonaux ne sont pas entrés en matière dans le cas d’un troisième opposant, car les plaignants n’étaient pas habilités à faire appel, faute de lien familial avec la victime. Le jugement est attendu dans quelques semaines.