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La Suisse est mal renseignée sur la guerre en Irak

Homme de dossiers, Jacques Baud travaille aussi sur le terrain. L'Illustré/Philippe Dutoit

Ancien membre des services secrets helvétiques, Jacques Baud estime que la Suisse n'a pas une vision exacte de ce qui se passe en Irak.

Juste avant l’intervention militaire, il a publié «La guerre asymétrique ou la défaite du vainqueur» (*). Il est interviewé par Ian Hamel.

Jacques Baud a déjà publié une encyclopédie du renseignement et des services secrets. Cet Ancien membre des services secrets helvétiques porte un regard critique sur la stratégie menée par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne dans le cadre du conflit irakien.

A commencer par la collaboration en matière d’information que Washington et Londres ont avec les autres pays occidentaux, tels que la Suisse.

swissinfo: Comment le gouvernement suisse peut-il se tenir véritablement au courant de ce qui se passe en Irak?

Jacques Baud: Il n’y a que les forces coalisées qui ont une vision exacte du champ de bataille. Depuis leur débâcle en Somalie, les Américains ont remis le couvercle sur l’information, et tout le monde en subit les conséquences.

Même un pays comme la France n’a qu’une image imprécise du conflit. C’est encore plus vrai pour des pays de la dimension de la Suisse, des Pays-Bas ou de la République tchèque.

swissinfo: En clair, la communication et l’information conditionnent la manière de mener les guerres?

J.B. : Lors de la précédente guerre du Golfe, les Américains donnaient une information plus précise, plus pointue sur les combats. Depuis, ils ont changé leur stratégie, considérant qu’une information trop ouverte avait des conséquences négatives pour eux.

Dorénavant, l’information est complètement intégrée dans les opérations militaires américaines.

swissinfo: Vous rappelez qu’une guerre ne se gagne pas que sur le terrain, mais aussi dans l’opinion publique. Vous auriez dû adresser votre livre à Georges W. Bush…

J.B.: L’opinion publique est en effet un levier très efficace pour infléchir l’action de l’adversaire. Il faut se souvenir de la rapidité du retrait américain de Somalie après la mort de 18 Rangers.

La perception de la mort et du succès dans la guerre n’est pas la même en Occident ou dans le monde musulman.

swissinfo: Les Etats-Unis nous promettaient une promenade de santé en Irak et l’effondrement du régime de Saddam Hussein en quelques jours. Pourquoi une telle erreur d’appréciation?

J.B.: Les services américains se basent essentiellement sur des faits. Ils sont excellents pour compter à une unité près le nombre de chars ennemis. En revanche, ils sont nettement moins bons que les services de renseignements européens pour apprécier les intentions véritables des gens.

swissinfo: Les services secrets britanniques connaissent pourtant bien l’Irak?

J.B.: C’est exact. Mais, cette fois, on observe un profond clivage entre les services de renseignement et l’échelon politique.

Le MI-6 n’est pas à l’unisson avec le Premier ministre britannique Tony Blair. Et, aux Etats-Unis également, la Maison-Blanche a davantage prêté l’oreille aux renseignements militaires américains plutôt qu’aux rapports de la CIA, qui avait une appréciation nettement plus juste de la situation.

swissinfo: Cette résistance irakienne ne vous surprend-elle pas?

J.B.: Elle est beaucoup plus vigoureuse qu’il y a dix ans. Les soldats irakiens n’attendent plus l’ennemi dans le désert. Ils ne défendent donc plus du sable et des cailloux, mais des habitations, des populations.

Dans les villes, l’armée irakienne se retrouve presque à égalité face aux Américains. Et cela stimule l’esprit de résistance.

swissinfo, propos recueillis par Ian Hamel

(*) «La guerre asymétrique ou la défaite du vainqueur», par Jacques Baud, Editions du Rocher, 202 pages.

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