Saint Maurice à l’ombre du nucléaire
Saint-Maurice, en Valais, vit sur le Rhône, a un saint et une abbaye. Saint-Maurice l’Exil, dans le Roussillon, vit sur le Rhône, a un saint (Saint Pierre de la Tarentaise) et… une centrale nucléaire. Rappelons en passant que, sur le Rhône français, l’énergie atomique est florissante: site de Marcoule à Bagnols-sur-Cèze, complexe nucléaire du Tricastin à Pierrelatte, centrale de Cruas-Meysse à côté de Montélimar, de Bugey non loin de Lyon.
Il fut un temps où la vaste commune de Saint Maurice l’Exil était rurale. Grosse production fruitière. L’industrialisation est arrivée à travers l’immense complexe de Rhône-Poulenc à Roussillon, quelques kilomètres au sud. Saint Maurice s’est alors transformée en cité-dortoir pour les ouvriers.
La modification du cours du Rhône, la construction d’un barrage, puis, en 1984, l’implantation de la centrale nucléaire ont confirmé ce mouvement d’industrialisation massive.
A Saint Maurice, on la voulait, cette centrale. Car Rhône-Poulenc connaissait un sérieux fléchissement. «Le pays roussillonnais était en crise, donc la perspective des effets de la construction comme de l’exploitation a facilité sa réalisation», se souvient Francis Charvet, le maire. Un maire «à gauche du parti socialiste», selon sa définition.
Saint Maurice l’Exil est donc passé du statut de cité-dortoir, «l’une des communes les plus pauvres du département de l’Isère», à celui de «commune qui monte en puissance, et réalise les installations auxquels elle aspirait depuis longtemps», explique le maire. En effet: médiathèque, somptueuse halle omnisports, tennis, complexe aquatique flambant neuf, les Samauritains sont choyés.
Aujourd’hui, il reste cinq agriculteurs. Et la centrale nucléaire appartient au paysage. La craint-on encore? «Je pense que les gens s’inquiètent au moment de s’installer ici. Après, c’est un choix déterminé». Pourtant la vigilance demeure: mise à jour des plans d’évacuation, mise à disposition de comprimés d’iode etc. «Nous informons, nous sensibilisons les gens, aussi à avoir une ‘culture du risque’, car on sait que le risque zéro n’existe pas» constate Francis Charvet.
A Saint Maurice l’Exil, on semble bien vivre. Et on est fier des superbes infrastructures de la commune. Mais le visiteur ne peut s’empêcher d’éprouver un sentiment étrange. L’impression un peu gênante que ce confort est une sorte de dédommagement, de prime de compensation.
swissinfo, Bernard Léchot à Saint Maurice l’Exil
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