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Accord sur l’Aceh: joli coup pour la Suisse

Martin Griffiths (au centre), directeur du Centre Henry Dunant. Keystone

Le gouvernement indonésien et les rebelles du Mouvement Aceh Libre ont signé un accord de paix lundi à Genève.

Après trois ans d’efforts, c’est un joli coup du Centre Henry Dunant pour le dialogue humanitaire qui est financé notamment par la Suisse.

L’accord signé entre les autorités indonésiennes et les indépendantistes du Mouvement Aceh libre (GAM) est historique. Il met un terme à un conflit qui ensanglante depuis 26 ans – avec plus de 10 000 morts à la clé – cette riche province musulmane du nord de l’île de Sumatra.

Un cessez-le-feu doit entrer immédiatement en vigueur et la fin complète des hostilités est prévue d’ici trois mois.

Le gouvernement indonésien a accepté le déploiement d’observateurs internationaux du processus de paix. Et les indépendantistes, eux, ont souscrit à un statut d’autonomie, mais pas d’indépendance, à la différence de Timor Est.

Enfin, les parties au conflit vont se démilitariser dans les sept mois et des élections libres sont prévues en 2004.

Une reconversion réussie

Artisan de cet accord, le Centre Henry Dunant pour le dialogue humanitaire (HDC) avait été désigné en commun par les deux camps qui cherchaient à sortir de l’impasse.

«Nous avons été choisis très clairement d’entrée de jeu et nous avons réussi à nouer des relations de confiance, précise David Gorman, coordinateur du HDC. Nos interlocuteurs se sentaient à l’aise parce que nous étions totalement neutres.»

Le succès de la négociation marque aussi celui de la reconversion de cette organisation non gouvernementale.

Le HDC est né en 1998 sur les cendres de l’«Institut Henry-Dunant», lui-même créé au milieu des années 60 par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et la Fédération et la Croix-Rouge suisse pour appuyer la réflexion du mouvement de la Croix-Rouge.

Face à l’évolution des conflits, ce centre de formation et de recherche cherchait, en effet, un second souffle. Et il l’a trouvé dans sa nouvelle mission: faciliter le dialogue dans les zones de conflit.

Comme en témoigne d’ailleurs son titre officiel de «Centre Henry Dunant pour le dialogue humanitaire».

Le profil de l’emploi

Ainsi donc, dès sa création, le HDC s’est profilé sur le marché international de la médiation en intervenant dans cette crise particulière d’Aceh.

La Suisse n’est pas directement intervenue, précise Jean-Luc Maurer, directeur de l’Institut universitaire d’études du développement (IUED). Mais le fait que le centre y soit établi a certainement joué en sa faveur.»

Ce spécialiste de l’Indonésie rappelle que «la coopération suisse a été très présente en Indonésie pendant presque 30 ans et jusqu’à la fin des années 90. Elle bénéficie donc d’une certaine légitimité, beaucoup plus que les autres pays européens».

Une légitimité même plus grande que celle de la Suède qui, elle, donne l’asile aux militants du GAM.

«En outre, poursuit Jean-Luc Maurer, le CICR est très présent en Indonésie depuis trente ans. Mieux, il a su conserver de très bonnes relations avec le gouvernement.»

Une course d’obstacles

Ainsi donc, après la signature en 2000 d’une trêve humanitaire, malgré les difficultés causées par la poursuite des violences, des pourparlers sur l’avenir politique se sont ouvertes en Suisse.

C’était en janvier 2001. «Cela n’a pas été tout seul, loin de là, rappelle David Gorman. Mais nos efforts ont été magnifiquement récompensés, surtout ces deux derniers mois.»

Les rencontres discrètes se sont multipliées dans le château de Bavois, dans la plaine vaudoise de l’Orbe. Et une percée majeure a été réalisée en mai, lorsque les deux parties ont accepté le principe d’élections provinciales en 2004.

Puis, sous la pression des Etats-Unis, le processus s’est accéléré. Malgré l’opposition d’une partie de l’armée indonésienne, la présidente Megawati Sukarnoputri a réussi à imposer une solution négociée.

Un coup double

Certes, le Centre Henry Dunant n’est pas au bout de ses peines. Et il s’agit maintenant de surveiller l’application de l’accord.

«Nous sommes conscients que c’est un processus qui commence et que rien n’est gagné», commente David Gorman.

Reste que c’est une bonne opération. Elle est de nature à confirmer la mobilisation parfois chancelante des bailleurs de fonds.

Le Centre emploie actuellement 20 personnes et il tourne avec un budget de 5,7 millions de francs pour 2002.

Il est financé par le Mouvement de la Croix-Rouge (CICR, Fédération et Croix-Rouge suisse), mais aussi par plusieurs pays (Danemark, Pays-Bas, Norvège, Royaume Uni et Etats-Unis) ainsi que par des contributions privées.

Sur d’autres fronts

A noter que, depuis août 2000, le HDC est également actif sur d’autres fronts.

A Rangoon, il cherche à faciliter le dialogue entre la junte birmane et l’opposition, notamment grâce à la connaissance du terrain de Léon de Riedmatten.

Cette année, cet ex-délégué du CICR a en outre été mandaté par le Bureau international du travail (BIT) afin de créer en Birmanie un bureau chargé d’enquêter sur le travail forcé.

Et puis, en novembre 2001, le Centre a organisé des contacts avec le roi Zaher d’Afghanistan afin de faciliter son retour au pays. Et, la même année, il a aussi exploré les voies d’une solution pacifique en Colombie.

Enfin, le HDC a lancé un programme de lutte contre la prolifération des armes légères. Et il organise des réunions entre acteurs humanitaires, entre autres, dans le but de les aider dans leurs contacts avec les groupes rebelles armés.

swissinfo/Isabelle Eichenberger

L’Aceh est une province indonésienne du nord de l’île de Sumatra riche en hydrocarbures.
C’est un bastion musulman de 4 millions d’habitants.
En 26 ans, le conflit a fait plus de 10 000 victimes, en majorité civiles.

– Le Centre Henry Dunant pour le dialogue humanitaire est une organisation indépendante fondée en 1998.
– Il est financé par la Suisse, le Mouvement de la Croix-Rouge (CICR, Fédération et Croix-Rouge suisse) et des contributions privées.
– Il emploie 20 personnes et son budget est de 5,7 millions de francs pour 2002.

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