Annulation française, déception helvétique
L'exposition universelle de Paris de 2004 n'aura pas lieu. La Suisse, qui s'y préparait déjà, est déçue. Même si elle n'est pas surprise.
Le nouveau gouvernement du Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin a pris sa décision jeudi.
Motifs: les partenaires étrangers n’ont pas marqué suffisamment d’intérêt et les risques financiers d’une telle manifestation (380 millions d’euros) sont trop importants.
Cet abandon aura des conséquences pour la Suisse, l’un des rares pays à avoir manifesté son intérêt pour la manifestation.
A Berne, on préparait d’ailleurs déjà l’événement. En octobre 2001, le Conseil fédéral avait même accordé 7 millions de francs au projet.
Un retrait attendu
Ce retrait n’est pas pour autant une surprise. «Au début du mois de juillet, confirme Alessandro Delprete, porte-parole de Présence Suisse, le gouvernement français avait déjà émis des réserves et annoncé son intention de réexaminer l’intérêt d’une telle manifestation.»
«Nous ne sommes pas étonnés par cette annonce», ajoute Marie-Claude Bétrix. Son bureau d’architectes, Bétrix & Consolascio, venait tout juste de gagner le concours d’idées pour la création du pavillon helvétique de cette exposition, basée sur le thème de l’image.
Du coup, ceux qui se sont engagés dans le projet réagissent aujourd’hui avec un certain fatalisme.
«Nous sommes déçus, mais le gouvernement français est souverain et nous devons admettre sa décision», soupire Jean-Jacques Cevey, président du jury qui vient de sélectionner ce qui aurait dû être le projet suisse de cette exposition.
Présence Suisse (PRS) avait déjà investi quelque 250 000 francs. Aujourd’hui, elle n’envisage pas d’ouvrir une action en justice pour récupérer cet argent.
La fin d’un rêve…
Mais au-delà de l’argent, il y a les rêves et les projets. «Nous nous sommes beaucoup investis dans ce projet», lance Marie-Claude Bétrix. D’où la déception actuelle.
«Pour nous, poursuit l’architecte, une telle réalisation est une opportunité. Tout ce que nous pouvons accomplir au niveau international nous permet d’être reconnus au-delà des frontières. Et lorsqu’on est connu à l’étranger, on l’est d’autant plus dans son propre pays.»
Mais un tel projet est aussi une opportunité pour le pays tout entier, affirme Alessandro Delprete: «Ces expositions nous permettent de présenter la Suisse à l’étranger de façon originale.»
A cheval entre de nombreuses frontières, puisqu’il travaille aussi bien à Paris qu’à New York, l’architecte suisse Bernard Tschumi était lui aussi engagé dans le projet.
En tant que responsable de l’aménagement du site, il y avait déjà consacré une année de travail. Sur le terrain, les travaux de terrassement devaient commencer cet automne.
«Nous manquons une occasion, estime aujourd’hui l’architecte. Chaque culture réagit différemment face aux images. Il aurait été merveilleux de pouvoir débattre de ce thème.»
Un avenir pour les expositions pharaoniques?
Abandon de Paris 2004. Flop partiel de Hanovre 2000. Mauvaise expérience de «Millenium Dome», à Londres. Et difficultés financières pour Expo.02.
Ces expositions pharaoniques ont-elles encore leur raison d’être? «La question est légitime, répond Bernard Tschumi. Il faudrait peut-être revoir la façon de les concevoir.»
«Mais, ajoute-t-il, à une époque où les malentendus entre les cultures et les civilisations sont si nombreux, un tel lieu de rencontre est fondamental. Et puis ce serait dommage que ce rôle soit joué par la Coupe du monde de football uniquement.»
Pour l’architecte suisse, les expositions universelles gardent donc leur raison d’être. Et il n’est pas le seul à le penser.
Plus pragmatique, Alessandro Delprete souligne, lui, que l’intérêt du public existe toujours.
Bref, les expositions universelles ne sont pas encore mortes. La preuve? La Suisse a déjà rendez-vous avec celle de 2005, à Aichi, au Japon.
swissinfo
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