Genève applaudit sa ministre
Genève a salué l'élection de Micheline Calmy-Rey au Conseil fédéral.
Une victoire qui met également un terme à la polémique sur la représentation francophone au gouvernement suisse.
L’Hôtel de Ville de Genève, transformé en quartier général de soutien à la candidate genevoise, a explosé de joie mercredi matin.
«Enfin, nous avons une conseillère fédérale voulue par les Genevois!», s’est réjoui Thomas Andrès, président du Parti radical genevois.
«Micheline Calmy-Rey n’est pas une Genevoise hors-sol», a lancé son collègue de parti Jacques Jeannerat, faisant référence à l’expression du défunt ministre Jean-Pascal Delamuraz à propos de l’élection de Ruth Dreifuss.
A Genève toujours, le jeune député radical Pierre Maudet salue, lui, le choix d’une représentante de la Suisse urbaine.
De multiples attentes
De son côté, le député écologiste Patrice Mugny exprime un sentiment sans doute partagé par une majorité de la gauche helvétique.
«J’espère que Micheline Calmy-Rey se montrera plus combative que Ruth Dreiffuss dans ce gouvernement qui penche très clairement à droite», lance le parlementaire genevois.
«Micheline Calmy-Rey saura-t-elle exprimer son désaccord, lorsque le gouvernement prendra des décisions moralement inacceptables?», s’interroge encore le co-président du parti écologiste suisse.
Les milieux économiques expriment, eux aussi, des attentes. «Je me félicite de l’élection de Micheline Calmy-Rey», affirme ainsi Thomas Daum, directeur de Swissmem, l’Association patronale suisse de l’industrie des machines (ASM) et la Société suisse des constructeurs de machines (VSM).
Avant d’ajouter: «J’espère que ses aspirations réformistes déploieront également leurs effets au sein du Conseil fédéral de façon à accroître la compétitivité de la Suisse sur le plan international».
L’équilibre est maintenu
Quoi qu’il en soit, l’équilibre confédéral n’est pas rompu, suite à cette élection. «Tout a bien marché. Les partis gouvernementaux ont compris qu’il était préférable de s’entendre, plutôt que de se faire la guerre», dit, soulagé, le député jurassien François Lachat.
Reste la polémique sur le degré de représentativité romande des deux candidates. Dans un éditorial paru le 16 novembre dernier, le directeur du journal Le Temps avait allumé la mèche en dénonçant la stratégie suivie par le parti socialiste.
Selon Eric Hoesli, l’autre candidate au gouvernement suisse – la fribourgeoise Ruth Lüthi – ne pouvait être qualifiée de romande. «Elle-même n’aurait sans doute jamais eu le front de le prétendre. Ruth Lüthi est germanophone», écrivait-il.
«J’ai toujours refusé cette bagarre ethnique», clame aujourd’hui François Lachat. «C’est un faux débat», renchérit Patrice Mugny.
Un débat légitime
Eric Hoesli, lui, persiste et signe: «Ce que j’ai voulu dénoncer, c’est l’absence de choix réel offert par le parti socialiste aux parlementaires et le problème de la représentativité au sein du gouvernement suisse. Un problème qui reste entier».
Un point de vue que n’a pas démenti la principale intéressée. Commentant sa non-élection, Ruth Lüthi a en effet reconnu: «La volonté d’une représentation équilibrée de la Suisse a fait pencher la balance en faveur de Micheline Calmy-Rey».
«Ce débat a été sain», estime de son côté Michel Zendali, rédacteur en chef du Matin dimanche.
«La représentation linguistique au sein du gouvernement, poursuit l’éditorialiste romand, constitue un des fondements du miracle helvétique».
Un avis que partage Fabrizio Sabelli: «La Suisse est le seul pays au monde à définir de tels critères pour élire son gouvernement», observe l’anthropologue.
Il conclut: «Les sept conseillers fédéraux sont en fait des totems, des symboles identitaires pour chaque partie de la Suisse».
swissinfo/Frédéric Burnand à Genève
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