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La 5e Suisse peut-elle mieux se faire entendre?

swissinfo.ch

Des Suisses de Paris veulent être mieux représentés à Berne. Leurs propositions font des sceptiques. Restent des lacunes qu'il faudra combler.

Le Groupe d’études helvétiques de Paris (GHEP) vient de diffuser ici et là une sorte de manifeste, daté du 11 mai, portant sur «La cinquième Suisse, ce qu’elle est, ce qu’elle peut être». Une manière pour cette association de rappeler à Berne que ses expatriés ont un rôle à jouer dans leur pays d’origine.

Les Suisses de l’étranger, lit-on, ont eux aussi la responsabilité de donner à la présence suisse dans le monde «le rayonnement qu’elle doit avoir». Et cela n’est possible que si cette tâche est «bien définie et soutenue par la Confédération».

Ce ne serait pas le cas, si l’on en croit le président du groupe parisien, Guy Samaden, Français d’origine grisonne: «l’Organisation des Suisses de l’étranger ne nous représente pas». A travers ses associations affiliées, elle ne toucherait que 5% des quelque 600 000 à 700 000 Helvètes émigrés.

Pour un conseil consultatif

Le GEHP réclame donc la création d’un Conseil consultatif des Suisses de l’étranger, élu démocratiquement, fonctionnant comme «le vrai Parlement de la 5e Suisse» et dont les membres pourraient conseiller utilement les autorités fédérales pour tous les problèmes les concernant.

Jean-Jacques Aeschlimann, président sortant de l’Union des associations suisses de France, hausse les épaules. «C’est une vieille idée, commente-t-il, une idée fixe qui n’a aucun écho. Si elle présentait un avantage évident, on pourrait la défendre.»

Mais, poursuit-il, quiconque connaît le modèle français de conseil consultatif qui paraît inspirer ses compatriotes parisiens serait tout à fait inapplicable en Suisse. Il suffit de voir son mode de fonctionnement qui recrée à l’étranger les clivages partisans de la métropole.

Mêmes remarques du côté de Rudolf Wyder, qui dirige à Berne le Secrétariat de l’Organisation des Suisses de l’étranger. Outre le fait que «ces messieurs de Paris ne représentent qu’eux-mêmes», leur discours tiendrait selon lui d’une «construction à la française fort éloignée de la réalité suisse».

Priorité au réalisme

Par contre, Jean-Jacques Aeschlimann autant que Rudolf Wyder insistent sur la même priorité: il est urgent de se demander comment on peut améliorer l’exercice des droits politiques reconnus aux Suisses de l’étranger depuis dix ans.

Tous deux mettent ainsi le doigt sur les carences du courrier. Les envois de la documentation électorale ne sont pas toujours gérés de manière efficace par les communes ou les cantons, les bulletins de vote arrivent souvent trop tard dans les boîtes aux lettres des citoyens expatriés.

Mais, même si ce n’est pas encore demain la veille, on pense déjà au vote par Internet. En attendant, tout devrait être entrepris assez rapidement pour mettre fin à certaines procédures administratives et autres tracasseries qui découragent même le citoyen plus assidu.

Le défi parlementaire

Théoriquement, les quelque 80 000 électeurs suisses de l’étranger sont également éligibles au Conseil national, la Chambre du peuple du Parlement fédéral. L’un ou l’autre ont tenté de relever le défi, sans succès.

Car c’est une illusion! s’exclame Guy Samaden: «pour être élu, il ne suffit pas d’être une personnalité notoire à Bruxelles ou ailleurs, il faut se faire connaître dans son canton». D’où l’idée de réserver quatre ou cinq places de députés à de véritables représentants des Suisses de l’étranger.

Rudolf Wyder n’y est pas opposé. Ce serait sans doute souhaitable et ce n’est pas chose impossible, dit-il, avouant toutefois que la barre est placée relativement haut.

Thérèse Meyer-Kaelin – qui faisait partie du petit groupe de parlementaires invités fin avril au congrès de l’Union des associations suisses de France à Hyères, dans le Var – reconnaît que la situation actuelle a probablement un côté frustrant, mais qu’il sera difficile de trouver «le bon mécanisme».

Les partis, grands absents

La député fribourgeoise souhaite par contre que les associations des Suisses de l’étranger essaient de mieux s’organiser de manière à participer aux traditionnelles procédures de consultation par lesquelles transitent tous les projets de lois fédéraux.

Quant à l’information du citoyen suisse expatrié – qui passe principalement par la Revue suisse, Radio Suisse Internationale et le site swissinfo.org -, elle devrait, dit-on ici et là, être davantage prise en compte aussi par les partis politiques.

Car, à voir le manque d’intérêt (et de moyens?) des partis en la matière, on pourrait croire qu’il n’y a dans ce pays qu’une seule catégorie de politiciens à chercher des voix à l’étranger. C’est-à-dire ceux qui défendent les valeurs traditionnelles d’une Suisse «indépendante et neutre».

swissinfo/Bernard Weissbrodt

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