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La Suisse attend des explications d’Israël

Le point de passage d'Erez où le véhicule du diplomate suisse a essuyé des tirs israéliens. Keystone Archive

Des soldats israéliens ont pris pour cible un diplomate suisse lundi soir à Gaza. Vives protestations des autorités helvétiques, qui ont exigé une enquête scrupuleuse.

Le gouvernement israélien devrait livrer ses explications dans les prochains jours.

C’est la perplexité à Berne, du côté du ministère des Affaires étrangères (DFAE). Mardi soir, l’armée israélienne a certes fait part de ses regrets après les tirs de lundi visant Jean-Jacques Joris, le représentant diplomatique de la Suisse auprès de l’Autorité palestinienne.

Mais selon Daniela Stoffel-Fatzer, porte-parole du DFAE, la description des faits apportée par l’armée israélienne «ne correspond en rien» à celle du diplomate suisse, corroborée par plusieurs témoins.

Voilà qui donnera encore plus de valeur aux résultats de l’enquête israélienne exigée par la Suisse. Des résultats attendus dans les prochains jours, indique une source bien informée au DFAE:

Deux balles dans le pare-brise

Jean-Jacques Joris donne sa version. Lui et sa suppléante circulaient lundi en voiture blindée aux couleurs suisses vers la sortie de la bande de Gaza. Près du point de passage d’Erez, des soldats israéliens invoquant le bouclage de la zone les ont stoppés.

Alors que des femmes palestiniennes demandaient au diplomate d’intercéder auprès des militaires pour pouvoir passer la ligne de démarcation, les soldats ont tiré des coups de semonce à quelques mètres du véhicule.

Jean-Jacques Joris s’en est plaint à l’officier de liaison israélien. Quinze minutes plus tard, toujours à l’arrêt, son véhicule a essuyé un premier tir dans le pare-brise. Puis alors qu’elle reculait, la voiture a reçu une seconde balle.

Personne n’a été blessé lors de l’incident. «Mais une troisième balle aurait fait voler le pare-brise en éclat», indique Jean-Jacques Joris, dont c’était la première visite à Gaza.

Silence de la presse israélienne

En attendant les résultats de l’enquête, les autorités suisses refusent de spéculer sur les causes de l’incident.

Mais tout lien avec de précédentes crispations entre Israéliens et Suisses semble exclu. Entre autres la destruction par l’armée israélienne du bureau central palestinien des statistiques, financé notamment par Berne.

Spécialiste du Moyen-Orient, Pascal de Crousaz est de cet avis. La Suisse n’est pas explicitement visée, d’autant qu’elle n’est pas à l’origine du dernier plan arrêté en vue de la paix – baptisé feuille de route.

Selon Pascal de Crousaz, les incidents du type de lundi se multiplient dans les territoires avant tout contre des témoins gênants, journalistes et membres des ONG, surtout depuis le début de la deuxième Intifada il y a bientôt trois ans.

Signe révélateur, la presse israélienne a passé sous silence l’incident dont a été victime le diplomate suisse. Les médias n’ont pas non plus rapporté les propos de Jean-Jacques Joris au lendemain de cet accrochage qui aurait pu lui coûter la vie.

Dans ce même secteur où se multiplient les incursions militaires israéliennes et les tirs de roquettes Kassem des islamistes du Hamas, deux voitures de l’ambassade britannique avaient déjà essuyé les tirs d’armes automatiques de soldats israéliens il y a trois semaines.

Laxisme dans l’armée

Pour Pascal de Crousaz, l’enquête des Israéliens va sans doute conclure à une confusion possible entre le diplomate suisse et un véhicule «hostile», semblable à ceux de l’Autorité palestinienne.

Cela étant, le politologue entrevoit deux explications possibles à ces tirs. La méprise, mais aussi l’exaspération d’une armée israélienne en campagne depuis longtemps et jugeant la communauté internationale opposée à Israël.

Pour lui, Tsahal a pris un virage politique à droite. «La volonté de faire peur aux étrangers est combattue avec laxisme par les officiers subalternes et intermédiaires», estime-t-il.

En clair, Pascal de Crousaz craint la répétition de ce genre d’incident à mesure que durera l’Intifada. Mais il ne croit pas à un ordre venant du sommet de l’armée.

Du reste, l’incident de lundi ne devrait pas remettre en cause les contacts ponctuels, fixés d’une année à l’autre, entre armées suisse et israélienne. C’est du moins l’avis du Suisse Christian Catrina, suppléant du chef de la direction de la politique de sécurité.

swissinfo, Pierre-François Besson, et Serge Ronen à Jérusalem

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