«La Suisse libérale-progressiste a remporté la mise face à la Suisse conservatrice»
Quatre objets très différents étaient soumis au vote – avec en premier plan l’initiative SSR. Que peut-on retenir des résultats? Entretien avec Martina Mousson, politologue de gfs.bern, sur les enseignements marquants de ce 8 mars.
Swissinfo: Qu’est-ce qui vous a surpris ce dimanche?
Martina Mousson: Au début, le plus passionnant était de savoir comment se déroulerait la course autour de l’imposition individuelle. Rien n’était évident au moment de la fermeture des urnes. La véritable surprise est toutefois le retour du PLR sur le trône des votations gagnées. Après une longue traversée du désert, le parti est à nouveau en parfaite adéquation avec la majorité des votantes et votants. Autrefois, il y parvenait presque systématiquement, avant de perdre ce flair au profit des Vert’libéraux. Aujourd’hui, on peut dire que la Suisse libérale-progressiste a remporté la mise face à la Suisse conservatrice.
Le rejet clair de l’initiative SSR était-il prévisible?
C’est ce qui ressortait de notre interprétation des sondages. Cette décision s’inscrit dans un débat de longue durée sur le financement de la SSR, mené en Suisse depuis des années. Ce n’est pas la première fois, et on connaît désormais bien la position de la population. À cela s’ajoute le fait qu’un large front s’est clairement opposé à l’initiative.
Le Conseil fédéral et le Parlement ont réussi à s’imposer sur l’ensemble des objets. Comment expliquer ce succès?
C’est un schéma qui se répète: lors des quatre dernières votations, le gouvernement l’a toujours emporté. Dans le contexte de crises actuelles, c’est un vote de confiance clair ainsi qu’un signe d’attachement à notre système politique et à nos institutions. Le traumatisme de la pandémie – cette période durant laquelle le gouvernement avait en partie perdu le lien avec la population – semble désormais surmonté.
Le Conseil fédéral sait aussi quels dossiers il vaut mieux présenter sous la forme d’un contre-projet susceptible de rallier une majorité. Le succès du contre-projet à l’initiative sur l’argent liquide le montre bien.
Le contre-projet à l’initiative SSR a aussi coupé l’herbe sous le pied de ses auteurs. Il a été conçu par le ministre en charge des médias, Albert Rösti. Quel rôle a joué ce dernier?
Le conseiller fédéral Albert Rösti était dans une position complexe pour défendre la SSR, puisqu’il était également initialement membre du comité d’initiative. Quand les ministres en charge d’un dossier sont absents durant une campagne de votation, cela se ressent toujours. Mais Albert Rösti n’a pas été absent dans cette campagne, bien au contraire.
>> Lire notre article sur les résultats de la votation sur l’initiative SSR:
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L’initiative SSR visant à réduire la redevance audiovisuelle est clairement refusée
Vous avez aussi constaté une forte mobilisation dans les villes. Comment l’expliquer?
Les élections de ce dimanche en ville de Zurich ont eu une grande influence sur la participation. De manière générale, on peut parler d’une mobilisation urbaine à grande échelle: Berne et Bâle se sont également rendues massivement aux urnes. Avant le vote, on entendait souvent dire que les milieux critiques envers le gouvernement, notamment autour de l’initiative sur l’argent liquide, allaient fortement se mobiliser. Cela ne s’est finalement pas confirmé. Ce dimanche, il y avait de nombreuses raisons d’aller voter.
Dans le cas de l’initiative SSR, les considérations financières personnelles n’ont pas pesé dans la balance. En revanche, dans le cas de l’imposition individuelle, beaucoup ont fait leurs calculs pour savoir ce que cela changerait sur leur facture fiscale. S’agit-il d’une contradiction?
La question fiscale est d’actualité, car c’est précisément le moment où les gens remplissent leur déclaration d’impôts. De plus, l’impact des impôts sur le budget des ménages est beaucoup plus important que celui de la redevance audiovisuelle.
Comment évaluez-vous l’ensemble des projets soumis au vote le 8 mars? Quel était le projet phare?
C’est l’initiative SSR qui a fait l’objet du plus grand nombre d’articles, et c’est également celle qui a mobilisé le plus de fonds. Le débat sur l’imposition individuelle s’est situé dans la moyenne par rapport aux autres votations. Les deux autres projets – les initiatives sur l’argent liquide et le fonds pour le climat – ont clairement été relégués à l’arrière-plan.
À Bâle, les voix des Suisses de l’étranger n’ont pas été comptabilisées en raison d’une panne du système de vote électronique. Quelle est la gravité de cet incident?
Je comprends la colère des personnes dont le vote n’a pas été pris en compte. Cet exemple montre pourquoi on est si réticent à mettre en place le vote électronique en Suisse.
Relu et vérifié par Samuel Jaberg
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