La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

La Suisse sous pression

Un groupe d'immigrants clandestins marocains sur les routes d'Espagne (Keystone) Keystone

Au sommet de Séville, les Quinze pourraient durcir le ton face à l'immigration illégale. La Suisse risque bien de devenir une île dans une Europe barricadée.

Le nombre des requérants d’asile n’a cessé de diminuer, ces dix dernières années, au sein de l’Union européenne (UE). De 675 000 il y a dix ans, ils sont passés à 384 000 aujourd’hui.

A Berne, les statistiques sont inverses. Le nombre de demandeurs d’asile était de 20 633 en 2001, contre 17 611 en 2000. Et la Suisse est le pays européen qui enregistre le plus de demandes par habitant. Autre chiffre: on estime que 300 000 clandestins vivent en Suisse.

Un débat sur les empreintes digitales

Les Quinze pourraient adopter une politique d’immigration plus restrictive. En effet, beaucoup de gouvernements sont passés à droite et redoublent d’efforts dans leur lutte contre les clandestins. Dans certains pays, cette question est même devenue une priorité.

Ainsi, l’Italie débat actuellement d’une loi qui obligerait les immigrés extra-communautaires à fournir leurs empreintes digitales. Et un peu partout, le regroupement des familles ou les allocations aux immigrés font l’objet de restriction.

Ce qui est vrai au niveau national l’est aussi au plan européen. L’immigration illégale est au cœur du programme du Sommet de Séville, qui se déroule cette fin de semaine. Parmi les propositions, la création d’un corps de garde-frontières européen, également actif dans les ports et les aéroports.

En Espagne, le débat portera aussi sur l’opportunité d’introduire des sanctions contre les pays d’origine des flux migratoires qui ne se montreraient pas assez coopératifs.

Un effet domino

A Berne, ces projets européens sont suivis très attentivement. La participation suisse aux accords de Schengen (coopération policière et judiciaire) et de Dublin (asile) doit être discutée dans le cadre du nouveau round de négociations bilatérales.

Or, les nouvelles mesures de lutte contre l’immigration clandestine pourraient faire partie de l’«acquis» de Schengen. Et dans un tel cas, la Suisse devrait, elle-aussi, les adopter.

Même sans Schengen, la politique migratoire des Quinze a une forte influence sur la Suisse. «C’est automatique, souligne Dominique Boillat, à l’Office fédéral des réfugiés. Dès qu’un pays prend des mesures plus sévères, l’immigration se reporte sur les pays voisins.»

Quelles mesures?

Les partis politiques et les organisations d’aide aux réfugiés le confirment: la Suisse risque bien de connaître un afflux important de réfugiés. Comment y répondre?

Pour la plupart d’entre eux, l’accent doit être mis sur la coopération avec l’Europe. Notamment dans le cadre des accords de Schengen.

Sans surprise, seule l’Union démocratique du centre (UDC) garde ses distances avec l’Europe. Même si leurs positions n’ont jamais été aussi proches de celles des Quinze, les nationalistes estiment qu’une telle coopération ne peut pas fonctionner. Ils préconisent plutôt des mesures unilatérales, tel que le renforcement du corps des garde-frontières… suisses.

Les propositions de l’UDC sont contenues dans une initiative populaire «contre les abus dans le droit d’asile», sur laquelle le peuple devrait se prononcer avant la fin de l’année.

Le gouvernement s’oppose à ces modifications. Il propose, en contre-projet, une révision de la loi sur l’asile.

Une politique plus dure

Sans aller aussi loin, d’autres partis gouvernementaux bourgeois préconisent un durcissement de la politique d’immigration suisse.

«Nous sommes presque obligés de diminuer l’attractivité de la Suisse», souligne, chez les radicaux, Barbara Perriard. Un argument repris par la porte-parole des démocrates-chrétiens, Béatrice Wertli: «nous devons suivre la tendance européenne».

En fait, seuls les socialistes s’inquiètent de ce revirement sécuritaire. Leur credo: une fermeture des frontières ne fait qu’augmenter le recours à des structures clandestines et qui renforce donc les filières mafieuses.

Les socialistes préconisent, au contraire, d’améliorer la politique d’immigration suisse, et d’augmenter la coopération au développement.

Mais la gauche ne renie pas pour autant l’Europe: le PS espère bien en faire partie pour infléchir les décisions de l’intérieur.

swissinfo avec Barbara Speziali à Bruxelles

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision