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Le 3 mars, la Suisse vote sur son entrée à l’ONU

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Active dans la plupart des institutions de l'ONU, la Suisse n'est pas membre de son organisation politique. Veut-elle en faire partie? La demande d'adhésion émane d'un comité inter partis. Qui a déposé le 6 mars 2000 une initiative intitulée «pour l'adhésion de la Suisse à l'Organisation des Nations Unies». Ce texte a recueilli 124'772 signatures valables.

Ce n’est pas la première fois que le peuple doit se prononcer sur ce sujet. Les citoyens ont déjà refusé l’entrée de la Suisse à l’ONU en mars 1986. Le non a été très net: les trois quarts des votants et tous les cantons ont alors rejeté toute idée d’adhésion.

Avec l’appui du gouvernement et du parlement

Aujourd’hui, l’Union démocratique du centre (UDC) mise à part, toute la classe politique soutient le oui. A l’instar du Conseil fédéral et des deux chambres du Parlement.

Du côté des partis, on ne distingue pas de clivage gauche-droite. Socialistes, radicaux et démocrates-chrétiens sont en effet tous favorables à l’adhésion.

Une procédure de consultation a, par ailleurs, montré que les partisans de l’adhésion bénéficient aujourd’hui d’un large soutien. Même les patrons s’engagent à fond pour l’ONU. Alors qu’ils y étaient indifférents sinon hostiles en 1986.

Quant aux Suisses de l’étranger, ils ont adopté une résolution qui soutient le principe de l’adhésion aux Nations Unies, lors de leur congrès annuel de l’an 2000 à Zoug.

«Nous n’avons pas voix au chapitre et c’est intolérable»

D’une manière générale, les partisans de l’adhésion considèrent que la Suisse ne peut plus rester en marge de la communauté des nations. En effet, outre la Suisse, seuls le Vatican et l’OLP bénéficient d’un statut d’observateur auprès de l’ONU. Alors que les 189 autres pays de la planète en sont tous membres à part entière.

«Notre pays a des responsabilités à assumer, dit François Lachat, l’un des six parlementaires qui ont lancé l’initiative en faveur de l’entrée à l’ONU. Il a des devoirs, il a aussi des droits. Or, comme observateur, il n’est pas en mesure de s’exprimer. Il ne peut pas voter à l’Assemblée générale. Et il ne peut pas participer au processus de décision du Conseil de sécurité comme le font par tournus d’autres petits pays.»

«C’est totalement intolérable, poursuit le député démocrate-chrétien jurassien. Surtout quand on se veut indépendant. Nous acceptons une satellisation. Car, la plupart du temps, nous finissons par nous rallier aux décisions prises à l’ONU sans pouvoir expliquer le pourquoi ni le comment, sans pouvoir peser le pour et le contre. C’est une satellisation au nom de l’indépendance. Et, dans le cas particulier, cette indépendance devient chiffon de papier.»

François Lachat balaie également les objections sur la neutralité. Il cite l’exemple du Danemark: «ce pays est membre de l’ONU à part entière. Depuis un certain nombre d’années, il a toujours refusé très clairement de participer à des actions militaires, non seulement de maintien de la paix, mais surtout de reconstruction. Voilà donc un pays qui n’est pas neutre comme la Suisse mais qui veut une politique neutre et qui a parfaitement pu jouer sa partition comme il l’a voulu.»

«Notre force, c’est d’être neutres»

Les partisans de l’adhésion se heurtent, toutefois, à une forte opposition, en l’occurrence celle de l’Union démocratique du centre (UDC). Le parti de Christoph Blocher ne veut absolument pas entendre parler d’ONU. Au plan politique, cette position est également soutenue par deux autres petits partis, la Lega des Tessinois et les Démocrates suisses.

Tous les adversaires de l’adhésion se retrouvent également au sein de l’ASIN, l’Action pour une Suisse indépendante et neutre. Pour eux, l’adhésion est incompatible avec la neutralité helvétique.

«Pour adhérer à l’ONU politique, dit Hans Fehr, conseiller national zurichois UDC et directeur de l’ASIN, nous devons signer un contrat, la Charte de l’ONU. Et ce contrat nous oblige à accepter et appliquer les décisions du Conseil de sécurité. Nous ne sommes alors plus libres de nos décisions. Nous devenons l’outil du Conseil de sécurité et nous devons travailler pour les intérêts de ses membres.»

«Notre force, dit-il, c’est notre neutralité. Pour la Suisse, la neutralité est un instrument de sécurité. Notre neutralité est différente de celle de pays comme l’Autriche, la Finlande, la Suède. La nôtre est perpétuelle, armée, choisie librement et intégrale. Elle ne change pas d’un jour à l’autre.»

Hans Fehr est donc convaincu que la Suisse est beaucoup plus forte si elle reste à l’écart des «conflits des autres» et «en dehors de l’ONU politique». Pour lui, le Conseil fédéral n’a pas à faire comme les grandes puissances ou les autres pays.

Un rappel enfin: la question posée aux citoyennes et citoyens suisses touche directement à la Constitution fédérale. Raison pour laquelle le vote du 3 mars est soumis à la double majorité du peuple et des cantons.

Propos recueillis par Olivier Pauchard

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