Un haut-lieu de la mythologie communiste disparaît
Vénérée par des générations de marxistes-léninistes, la commune bernoise de Zimmerwald fusionne avec une autre.
En 1915, Lénine y a participé à une conférence pacifiste. Il voulait transformer la guerre mondiale en cours en une «révolution mondiale».
La procédure n’est pas entièrement terminée. Mais c’est presque fait. La commune bernoise de Zimmerwald, où se déroula peu avant la révolution bolchevique une conférence associée à jamais au nom de Lénine, ne s’appellera bientôt plus Zimmerwald.
La commune va en effet fusionner avec une autre commune et sera désormais connue sous le nom de «Wald».
Pour des millions d’hommes et de femmes qui ont vécu sous le communisme, ce sera la disparition d’un nom qu’on leur a appris, dès leur jeune âge, à vénérer.
Et ceci à tel point que pendant des années – notamment jusqu’à la mort de Staline – Zimmerwald sera un lieu recherché de pèlerinage pour des délégations communistes du monde entier.
Pas de musée à la gloire de Lénine
Cet engouement pour leur village n’a jamais vraiment plu aux Zimmerwaldiens. A plusieurs reprises, ils refusent qu’on appose une plaque commémorative sur une des maisons où Lénine est censé avoir séjourné pendant la conférence.
Et lorsque l’URSS essaye d’acheter la maison en question pour en faire un musée à la gloire de Lénine, c’est la panique.
Mais que s’est-il donc exactement passé lors de cette fameuse conférence, tenue à Zimmerwald du 5 au 8 septembre 1915?
Un congrès contre la guerre
Organisée par le militant socialiste suisse Robert Grimm et par un député de gauche italien, elle réunit 38 délégués de 11 pays représentant un courant de la gauche européenne opposé à la guerre qui ravage l’Europe depuis deux ans.
Ce courant est minoritaire. Car dans bien des pays – notamment en Allemagne et en France – les sociaux-démocrates ont pris parti pour la guerre, voté les crédits militaires et trahi l’idéal internationaliste.
C’est d’ailleurs le but premier de la conférence et la noble intention de Grimm: réunir pour la première fois depuis le début de la guerre des socialistes provenant de pays ennemis.
Mais aussi parler d’un objectif commun: mettre fin à la guerre par la solidarité internationale des gauches; et proclamer cet objectif dans un manifeste. Ce qui sera fait.
Une gauche divisée
Cette gauche «pacifiste» était toutefois elle-même divisée. Une minorité, conduite par Lénine, ne voulait en effet pas seulement combattre la guerre. Mais transformer la guerre mondiale alors en cours en une «révolution mondiale» contre la bourgeoisie et le capitalisme.
Cette «gauche zimmerwaldienne», comme on l’appellera plus tard, ne l’emportera pas à Zimmerwald. Mais elle influencera les débats qui seront violents. C’est surtout son message – bien moins que l’important message pacifiste lancé par la conférence – que l’historiographie communiste retiendra.
Cela dit, personne ne nie que Zimmerwald est à l’origine – même si c’est une origine lointaine – du mouvement communiste.
Une réunion… d’ornithologues
A noter que les participants étaient souvent soit des exilés, comme Lénine, soit des militants résolus de l’opposition dans leurs pays respectifs.
Les polices européennes, y compris la police suisse, suivaient leurs mouvements de près. Et la conférence devait donc si possible rester secrète, du moins se dérouler aussi discrètement que possible.
Les organisateurs eurent donc l’idée de camoufler la réunion et, lorsqu’ils réservèrent les chambres d’hôtel et la salle de conférence, ils dirent à l’hôtelier que c’était pour un congrès… d’ornithologues.
Rappelons que Lénine aimait beaucoup la Suisse, qu’il y vécut sporadiquement de 1895 à 1917 et que c’est de Suisse qu’il retournera en Russie en avril 1917, six mois avant la Révolution qui conduira quelques années plus tard à la fondation de l’URSS.
swissinfo, Michel Walter
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.