Un miroir éditorial sans reflet
L'entrée de la Suisse à l'ONU ne provoque pas de vagues dans la presse internationale de mardi.
La Suisse est la première gagnante, telle est en général l’opinion des quelques médias helvétiques qui évoquent la question.
La Neue Zürcher Zeitung constate que l’entrée de la Suisse à l’ONU s’effectue «sous de bonnes auspices» mais qu’elle «n’est pas très remarquée en-dehors des organes onusiens».
Aucun journal étranger ne mentionne en effet l’événement de mardi soir, tous ayant par contre braqué les projecteurs sur la commémoration des attentats du 11 septembre.
Les clichés ont la vie dure
Sauf le Financial Times qui marque l’occasion avec cinq pages très complètes sur la Suisse sous toutes ses coutures, avec notamment une interview du président Kaspar Villiger.
Il en ressort que «la Suisse a réalisé qu’elle ne peut plus se couper du reste du monde» et que c’est la fin de «cette bizarrerie» qu’est le «Sonderfall» (sic).
Bref, en rejoignant l’ONU, «la Suisse montre qu’elle a accepté l’idée que ce n’est pas seulement l’argent qui fait tourner le monde»… Décidément, les clichés ont la vie dure.
«Ce qui est un grand pas pour nous, est un petit pas pour New York», ce constat de la Berner Zeitung résume l’état d’esprit de la presse nationale de mardi, convaincue que c’est la Suisse qui sort gagnante.
Dans le quotidien bernois, c’est l’ancien conseiller fédéral Adolf Ogi en personne qui commente l’événement: «Nous pouvons être fiers. Car cela montre que nous sommes entrés dans le monde».
Pour le Tages Anzeiger, c’est bien, mais la Suisse ne touche pas au but pour autant. Et de rappeler qu’autrefois, la Suisse neutre n’était pas la bienvenue, en raison des critiques suscitées par son attitude durant la Deuxième Guerre mondiale.
Petit pas ou grand pas, c’est selon
Aujourd’hui, estime le journal zurichois, «c’est un pas historique qui permet à la Suisse de régler ses comptes avec le passé et d’adopter une vision plus réaliste».
Pour la Liberté, l’événement du jour est le résultat d’un «élan» manifesté par le peuple suisse ces trois dernières années.
«Eh bien il faut profiter de cet élan, poursuit le journal fribourgeois, qui en profite pour suggérer que «notre pays devrai aussi apprendre à faire son autocritique».
Même constat dans Le Temps: «la Suisse rejoint la communauté des nations en renonçant à une singularité devenue stérile (…) mais elle entend également en tirer des bénéfices pour la défense de ses intérêts».
Tout commence
Du reste, relève le quotidien romand, «l’importance de la délégation suisse à New York reflète l’amplitude des attentes». Attentes qui doivent rester mesurées. Car, comme lorsqu’on cesse de fumer, «les résultats n’en sont ni immédiats, ni spectaculaires».
Tout commence et les diplomates «vont devoir retrousser leurs manches», pour reprendre l’expression du Blick. Car ils ont «un grand travail de précision» devant eux, estime le St-Galler Tagblatt. Lequel estime également que «la Suisse doit trouver la bonne mesure entre une modestie indispensable et une saine assurance».
La Berner Zeitung note que «la force de l’ONU dépend de la bonne volonté de ses membres – surtout des Etats-Unis. A cela, même la Suisse ne pourra rien y changer».
L’Argauer Zeitung estime carrément que «les Etats-Unis sont trop puissants pour l’organisation mondiale».
Et notre confrère déplore, avec le Temps, que la consécration de l’universalité de l’ONU avec l’arrivée de son 190e membre soit menacée par la gravité de la situation internationale et l’imminence d’une opération américaine en Irak.
swissinfo/Isabelle Eichenberger
Seul le Financial Times marque l’occasion avec cinq pages très complètes sur la Suisse.
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