Adolf Ogi au sommet social de Genève: «les chiffres de la pauvreté font réfléchir»
A Genève, l´Assemblée générale de l´ONU est entrée dans le vif du sujet de sa session spéciale consacrée au développement social. Elle dresse la liste des infidélités aux promesses faites à Copenhague en 1995. Et, plus timidement, regarde vers l´avenir.
C’est le Président de la Confédération, comme il se doit, qui s’est fait le porte-parole de la Suisse au moment d’accueillir les délégations officielles qui participent à cette conférence. Avant même de saluer ses hôtes, Adolf Ogi a mis franchement le doigt sur le pourquoi de ce rassemblement et sur «des chiffres qui doivent nous faire réfléchir»: sur la planète, 1,4 milliard d’humains n’ont pas accès à l’eau potable, 2,5 n’ont pas accès à des soins médicaux, 2 milliards sont analphabètes, 1,2 miliard ne reçoivent aucun salaire pour leur travail, 1 milliard n’ont pas de travail.
Devant de tels chiffres, commente Adolf Ogi, «se voiler la face et se comporter en autruche serait une attitude dangereuse parce que les acteurs de la globalisation se priveraient ainsi de leur ressource la plus précieuse, à savoir le capital humain.» Et d’ajouter que face à de telles réalités, «la politique, tout comme l’économie, ne peut pas démissionner et ne peut pas prendre congé de ses responsabilités sociales, c’est-à-dire se désintéresser du plus grand nombre et de l’individu; démissionner aujourd’hui serait repousser les problèmes à demain, et ce serait provoquer des problèmes encore plus graves.»
Kofi Annan, secrétaire général des Nations Unies, reprendra ce thème peu après lui. Si l’on veut que la croissance économique soit durable, dit-il, «il faut investir dans les êtres humains, dans leur santé, leur éducation et leur sécurité». Une société saine est aussi une société qui prend soin de tous ses membres, sans discrimination et sans que personne ne soit obligé de se conformer à une culture officielle.
L’Assemblée générale de l’ONU devrait, à la fin de la semaine, accoucher sans trop de difficultés d’une déclaration finale. Plus ardue par contre s’annonce la rédaction du document de base sur les initiatives concrètes, celles qui permettraient aux Etats de se lancer véritablement dans la bataille contre la pauvreté. A l’ouverture de la session, 68 des 161 paragraphes de ce texte étaient encore ouverts à la négociation.
Tout le monde semble pourtant s’être déjà mis d’accord sur deux ou trois choses. Un premier but serait, dans les quinze années à venir, de diminuer de moitié la proportion de population qui vit avec moins d’un dollar par jour. Aujourd’hui, plus d’une personne sur sept se trouve dans pareille situation de précarité. Le second demanderait à tous les gouvernements de faire passer la croissance de l’emploi avant la lutte contre l’inflation. Ce qui constituerait un changement d’attitude assez conséquent.
Les divergences portent sur autre chose que des problèmes de virgules, elles représentent des enjeux cruciaux. Les pays en développement demandent en effet un meilleur accès aux marchés, l’effacement de leur dette extérieure et la réforme des institutions financières internationales. Les pays industrialisés insistent sur la bonne gouvernance, sur le droit au travail et sur la responsabilité sociale des entreprises. Les délégués, rompus aux compromis, ont jusqu’à vendredi pour traduire les discours en engagements concrets. A moins que ce ne soit de nouvelles promesses sans lendemain. Comme à Copenhague.
Bernard Weissbrodt
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