Agriculture et tourisme à la façon de Saint-Martin
La «Journée nationale Agenda 21 local» permet de relancer une idée dont on parle beaucoup mais dont on ne voit pas souvent les réalisations, à savoir le développement durable. La commune de Saint-Martin, en Valais, a pourtant décidé de relever le défi.
Les Saint-Martinois – ils sont un peu moins d’un millier – vivent au cœur du Val d’Hérens, dispersés dans neuf petits villages et hameaux aux noms parfois surprenants, tels Ossona, Trogne ou Gréféric. Comme bien des communes valaisannes, leur territoire s’étend par paliers du fond de la vallée aux sommets rocheux, en passant par forêts et alpages.
A l’image de bien d’autres collectivités de la région, Saint-Martin, même proche de Sion la capitale cantonale, doit également faire face à l’exode de ses populations les plus jeunes et au déclin de son agriculture. Mais c’est sans doute plus par nécessité que par conviction que les Saint-Martinois se tournés vers des objectifs de développement durable.
Comme certains de leurs voisins, ils imaginaient aussi ouvrir leurs pentes aux skieurs. Le développement était jadis synonyme de remontées mécaniques. Mais quand, au début des années 80, cette possibilité leur a été refusée, ils ont bien été obligés de se chercher un autre moyen de survie. «A l’époque, ça paraissait catastrophique, explique Gérard Morand, président de la commune, mais aujourd’hui on se rend compte que c’est une chance. On a gardé une nature intacte, on peut offrir ce que d’autres ont perdu.»
La clef de ce développement durable qui a pour objectif de concilier tourisme et agriculture, c’est l’aménagement du territoire communal par paliers. Vers le bas, d’anciennes terrasses, jadis habitées et bien arrosées, se prêtaient admirablement à l’agriculture et à l’élevage. On y trouvait même de la vigne. Aujourd’hui, elles ont pris des allures de désert, abandonnées par leurs propriétaires et appauvries par le surpâturage des moutons.
Revitaliser le paysage traditionnel, restaurer les bâtiments, réhabiliter l’irrigation par les bisses, autrement dit grâce au système ancestral des chenaux naturels: voilà quelques-uns des objectifs que se fixe le conseil communal de Saint-Martin, et derrière lui la quasi totalité d’une population apparemment tout acquise à l’idée du développement durable. Car, explique encore son président, «a-t-on le droit en une génération de laisser disparaître un patrimoine que nos ancêtres ont mis des générations à construire?»
A l’opposé, tout en haut, du côté des Becs de Bosson, les Saint-Martinois se sont construit un refuge alpin, point de rencontre, à 3000 mètres, de plusieurs itinéraires de randonnées familiales. A elle seule, cette cabane symbolise la portée communautaire de ce projet de développement communal. Son financement a en effet été assuré, sur place, grâce à plus de 600 actions d’un montant de mille francs chacune.
Serait-ce donc la fin de la guerre, façon valaisanne, entre écologistes et promoteurs? Saint-Martin démontre en tout cas que le dialogue est possible. Bienfaisante aussi la concertation menée avec plusieurs dizaines de communes européennes au sein du réseau «Alliance dans les Alpes».
C’est de là qu’est venue par exemple l’idée d’aménager un sentier didactique, sorte de trait d’union entre les différents paliers du territoire communal. Il est dédié à l’écrivain Maurice Zermatten, natif du lieu, dont quelques citations jalonnent l’itinéraire pédestre. En voici l’ultime en guise d’invitation: «Depuis quelques jours, je ne pense plus qu’aux génépis.»
Bernard Weissbrodt
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